Réunion du Conseil de Sécurité sur Haïti

Intervention de Alexis Lamek, Représentant Permanent Adjoint de la France auprès des Nations unies - 17 mars 2016.

Monsieur le Président,

Je remercie la Représentante spéciale du Secrétaire général pour son exposé très complet, et l’assure une nouvelle fois du plein soutien de la France en faveur de l’action qu’elle mène sur le terrain.

Je m’associe aux déclarations que prononceront tout à l’heure le représentant de l’Union Européenne ainsi que celui du Pérou, au nom du groupe des amis d’Haïti.

J’aborderai trois points au cours de mon intervention : notre forte préoccupation à l’égard de l’interruption du processus électoral en cours ; notre souhait de relancer le moment venu les réflexions sur la reconfiguration de la MINUSTAH et le soutien que la France apporte au développement d’Haïti.

Monsieur le Président,

La France est vivement préoccupée par l’interruption du processus électoral en cours en Haïti, et par les incertitudes qui l’accompagnent.

Haïti a plus que jamais besoin d’institutions stables et investies d’une légitimité démocratique, afin d’être en mesure de répondre aux nombreux défis économiques, sociaux et humanitaires auxquels le pays fait face. Le peuple haïtien doit également pouvoir constater que les choix qu’il effectue à travers les urnes sont dûment reflétés et respectés.

Nous avons pris note de l’accord politique inter-haïtien du 5 février. Il s’agit d’un compromis qui va dans la bonne direction, en ayant permis d’éviter un vide de gouvernance et en jetant les bases de la poursuite du processus électoral. Le succès de cet accord reste toutefois étroitement lié à la mise en œuvre effective de toutes ses dispositions, dans les meilleurs délais. Nous appelons l’ensemble des acteurs politiques haïtiens, et notamment le Président Provisoire, à tout faire pour qu’il en soit ainsi et que le retour à l’ordre constitutionnel intervienne le plus rapidement possible. Chacun doit faire preuve de responsabilité, de retenue, et se conformer à l’esprit de compromis de l’accord du 5 février.

Il importe notamment que les mesures nécessaires soient prises afin de permettre la conclusion du processus électoral dans le respect du calendrier agréé. L’entrée en fonction rapide d’un gouvernement de transition inclusif et confirmé par le Parlement ainsi que les réactivations du Conseil Electoral Provisoire constituent des étapes essentielles et urgentes à cet égard. La mission d’observation électorale de l’Union européenne a conclu que, malgré certaines irrégularités, pour la plupart dues à l’insuffisante formation des agents électoraux, il n’y a pas eu d’altération significative du résultat du premier tour des élections présidentielles. Rien ne s’oppose donc à ce que les résultats proclamés par le Conseil Provisoire Electoral constituent la base de référence en vue de l’organisation du deuxième tour.

Monsieur le Président,

Plus de onze ans après la création de la MINUSTAH, les conditions sur le terrain ont profondément changé, de même que le type de présence onusienne dont le pays a besoin.

Nous sommes en effet progressivement passés d’une situation de maintien de la paix à un contexte où les Nations Unies sont désormais attendues dans le domaine de l’aide au développement et à la construction d’un Etat de droit robuste. C’est en regardant cette réalité en face que nous serons à même d’apporter l’aide la plus efficace qui soit au peuple haïtien. La sécurité et la stabilisation d’Haïti à long terme dépendent en effet d’abord et avant tout de la prise par les autorités haïtiennes de leurs responsabilités ainsi que du développement durable de l’île.

La France est satisfaite de voir que la situation sécuritaire est globalement stable : selon les dernières statistiques publiées par le système des Nations Unies, le taux d’homicides en Haïti est désormais l’un des plus faibles de la région. Même si elle reste fragilisée par les tensions politiques liées à l’interruption du cycle électoral, celles-ci ont été gérées avec compétence par les forces de sécurité haïtiennes : nous saluons notamment la montée en puissance de la police nationale haïtienne, qui s’est manifestée par sa capacité à gérer avec succès les événements récents, de manière largement autonome.

Nous sommes favorables à la poursuite des réflexions relatives à l’avenir de la MINUSTAH, sur la base des recommandations du Secrétaire général annoncées dans son dernier rapport, dont nous soutenons la présentation d’ici l’expiration du présent mandat en octobre prochain. Il nous semble à cet égard important de souligner que la relance du processus de reconfiguration de la mission ne saurait être indéfiniment retardée par les blocages politiques actuels, sous peine de remettre en cause la capacité des Nations Unies à répondre au mieux au besoin de la population haïtienne. Nous encourageons donc les acteurs haïtiens à prendre leurs responsabilités afin de conclure le cycle électoral en cours dans les meilleurs délais.

Monsieur le Président,

La France est une amie de longue date d’Haïti, et un de ses premiers partenaires en matière d’aide au développement, à titre bilatéral et à travers l’Union européenne.

Le Président de la République a rappelé récemment la dimension prioritaire de notre engagement envers Haïti, en annonçant lors de son déplacement en mai dernier à Port-au-Prince une contribution bilatérale à hauteur de 50M€ dans le secteur de l’éducation au cours des cinq prochaines années.

Nous restons préoccupés par les nombreux défis auxquels fait face le pays, notamment en matière de protection de l’enfance : à la demande des autorités haïtiennes, le Président de la République a justement annoncé en mai dernier le lancement d’un ambitieux programme bilatéral de coopération en faveur de la jeunesse haïtienne en général, et du système éducatif haïtien en particulier. Mais la France reste également mobilisée contre l’insécurité alimentaire ou sanitaire avec la résurgence des cas de choléra au cours de l’année 2015. Sur ce dernier point, la France appuie pleinement les efforts entrepris par les autorités haïtiennes, avec le soutien des Nations Unies, et a contribué à plusieurs projets de terrain dans ce domaine depuis 2010. Elle relaie l’appel du Secrétaire général à renforcer notre mobilisation sur ce thème, y compris sur le plan financier. Nous devons faire plus, en tant que communauté internationale, pour éradiquer définitivement le choléra en Haïti.

Monsieur le Président,

La situation en Haïti nous interpelle tous. L’appui de la communauté internationale et l’engagement des Nations Unies demeurent plus que jamais nécessaires. Mais notre responsabilité au sein de ce Conseil est de tout faire pour qu’ils soient aussi adaptés et efficaces que possible. Les défis auxquels fait face Haïti et les attentes de sa population nous engagent à prendre les décisions qui s’imposent. Les acteurs politiques haïtiens doivent aujourd’hui en être pleinement conscients.

Je vous remercie./.

publié le 10/08/2016

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