La France en Haïti Ambassade de France à Port-au-Prince
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Réponse au Ministre d’Etat à l’occasion de la remise des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à M. Le Bret (13 mai 2011)

M. Alain Juppé, Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères et européennes a remis les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à l’ambassadeur Didier Le Bret lors d’une cérémonie organisée à Port-au-Prince le 13 mai 2011. Comme le veut la tradition, M. Le Bret a répondu au Ministre.

Monsieur le Ministre d’Etat,

Monsieur le Député,

Mes chers compatriotes,

Chers amis,

Les diplomates, on le sait, en ont pris leur parti. Au fil des polémiques et des procès d’intention, ils ont appris sans état d’âme et de longue date qu’en plus d’être bêtes il leur fallait être polis.

Mais ils savent également une chose, Monsieur le Ministre, c’est qu’ils ont avec vous, à la tête du Quai d’Orsay, un homme qui les connaît, les aime et les respecte.

De tous les ministres des Affaires étrangères qu’il m’ait été donné de rencontrer, vous êtes celui qui mérite sans doute le titre le plus glorieux, mais également le plus sobre, de ministre, celui qui est au service de son pays.

En France, il y a beaucoup de ministres, de l’Intérieur, du budget, des affaires sociales, du sport, de la défense. Le ministre des affaires étrangères, lui, jouit d’un privilège unique, il est « le ministre ». Nul besoin de préciser. Le ministre est forcément celui des affaires étrangères.

Au Quai d’Orsay, plus qu’aucun de vos prédécesseurs, vous êtes pour nous, de manière collective et peut-être même désormais inconsciente, « le ministre ». Votre retour dans votre maison était à la fois la chose la plus attendue et de celle aussi que l’on n’attendait plus.

Recevoir de vous, Monsieur le Ministre d’Etat, cette distinction, est donc plus qu’un honneur, c’est un privilège, que je mesure, dont je suis fier, et que je suis heureux de partager avec l’ensemble de mes collègues.

L’hommage vibrant que vous venez de rendre à notre communauté, aux agents de l’ambassade, à mes plus proches collaborateurs, les propos si aimables que vous avez bien voulu m’adresser, me touchent profondément.

Je vous en suis infiniment reconnaissant.

Cette distinction, Monsieur le Ministre d’Etat, je voudrais également la partager avec nos amis haïtiens et leur dire une ou deux choses qui me tiennent à cœur, et pourquoi pas, en ces temps de transparence, leur révéler quelques secrets français bien gardés.

Le premier est intimement lié à la cérémonie qui nous réunit ce soir. Je veux parler de cette stèle que vous allez découvrir dans un instant.

Vous l’avez rappelé, le choix de notre future ambassade vous est revenu. Faute d’avoir pu parvenir entre hauts fonctionnaires à un accord, nous nous en sommes remis à votre sagesse. Ce que mes collègues parisiens ne vous ont pas dit, Monsieur le Ministre, c’est que le jury était scindé en deux : d’un côté, les femmes, tous corps de métier confondus, de l’autre les hommes.

Deux projets, donc : le premier, qui vous est présenté ce soir, et qui obtint la faveur des dames, tout en rondeur, en transparence, encore elle, avec le charme sinueux d’un parcours à travers bois ; le deuxième, sorte de vaisseau-amiral, magnifiquement profilé, terriblement fonctionnel, qui emporta l’adhésion des mâles de l’assemblée.

Et le ministre trancha. Et le premier secret vient de vous être révélé. Je vous laisse deviner. Grâce à vous, Monsieur le Ministre, le cœur a eu raison. Il faudra bien, un jour, que les Guignols de l’Info le sachent et se mettent un peu au diapason. Ou qu’ils relisent la « Tentation de Venise ».

Le deuxième secret, et je vous rassure, Monsieur le Ministre, ce sera le dernier, tient à la nature même de votre visite parmi nous.

Depuis votre prise de fonctions, début mars, nous vous avons vu sur tous les fronts : à New York, pour trouver une issue à la terrible crise libyenne, au Caire, à Tunis, partout où souffle le vent de la révolution arabe, sans oublier bien sûr la Côte d’Ivoire.

Malgré cela, et c’est cela mon petit secret, vous n’avez pas hésité une seule seconde lorsque vous avez été sollicité pour représenter notre pays au plus haut niveau à l’investiture du 56ème Président élu d’Haïti.

Vous saviez que la France devait être au rendez-vous, ce grand rendez-vous pour la démocratie haïtienne, qui voit converger aujourd’hui toutes les forces vives du pays, pour écrire, ensemble, comme vous l’avez rappelé, une nouvelle page de l’histoire d’un pays cher à la France.

Je suis fier, Monsieur le Ministre d’Etat, et ce sentiment est partagé par tous nos compatriotes, que vous ayez fait ce choix pour la France, en dépit de vos nombreuses contraintes. Je suis fier et heureux que vous ayez accepté de le faire en prenant le temps.

Haïti mérite qu’on prenne un peu de notre temps. Haïti, j’en suis certain, vous en sera reconnaissante.

Je vous invite maintenant, Monsieur le Ministre d’Etat, à dévoiler la plaque de la future ambassade de France.

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