Quelle francophonie pour demain ?

Quinzaine de la francophonie oblige, la seconde édition du débat d’idées mensuel organisé par l’Ambassade et l’Institut français en Haïti dans le cadre de la Nuit des idées était consacrée à l’avenir de la langue française.

Dans le prolongement de la Nuit des Idées qui s’est tenue le 27 janvier dernier au Quai d’Orsay, l’Ambassade de France et l’Institut Français en Haïti ont décidé d’instituer un rendez-vous mensuel consacré au débat d’idées. Francophonie oblige, le débat du mois de mars était consacré à la question suivante : « Quelle francophonie pour demain ? »

Ce débat était animé par Mme Darline Alexis, professeur de Lettres à l’Université Quisqueya et à l’Ecole Normale Supérieure ; M. David Bongard, directeur du Bureau régional pour les pays de la Caraïbe et de l’Amérique Latine de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ; et M. Alain Charbonneau, Directeur Régional du Bureau Caraïbe de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Abordant la question de l’enseignement du français en Haïti, Mme Alexis a déploré des méthodes d’apprentissages souvent désuètes (« les manuels de littérature classique ») ainsi qu’une perception trop répandue du français comme outil de domination sociale. Appelant de ses vœux « une francophonie libérée du conformisme et de l’élitisme », elle a insisté sur la nécessité d’opérer « un travail de vulgarisation » pour « faire sortir la langue de son carcan » et promouvoir un « français moderne ». Citant des initiatives telles que Ciné LariA, qui propose des séances de films francophones en plein air, elle a appelé à multiplier les activités innovantes : programmes radio spéciaux pour les écoliers, rencontres avec des auteurs francophones contemporains etc.

Partageant l’idée selon laquelle la perception élitiste du français devait être combattue, M. Bongard a insisté sur le fait qu’ « une langue n’appartient à aucun nation mais à tous ceux qui la parlent ». Distinguant la Francophonie institutionnelle et la francophonie « avec un petit f », il est revenu sur ce qui, à ses yeux, constituait l’une des principales missions de l’OIF : « faire du liant entre les peuples francophones ». Citant l’exemple des Inuits qui possèdent des dizaines de mots pour dire le mot « neige », il a noté qu’une langue n’était pas seulement un moyen de communication mais représentait « une véritable vision du monde ». A l’opposé de langues en recul telles que l’allemand ou le russe, il s’est surtout montré confiant sur l’avenir du français, « l’une des rares langues à progression internationale, aux côtés de l’anglais ou de l’espagnol ». Abordant la question du bilinguisme en Haïti, il s’est enfin dit convaincu qu’Haïti pouvait « marcher sur ses deux jambes ».

M. Charbonneau est, quant à lui, revenu sur la notion de diversité linguistique, affirmant que la francophonie était un moyen privilégié de lutter contre « l’uniformisation du monde et des modes de pensées ». Citant la stratégie économique pour la francophonie élaborée au Forum de Dakar en novembre 2014, il a souligné que les universités étaient « le moteur de développement des sociétés » et que la coopération universitaire était donc un outil essentiel de mise en œuvre de cette stratégie : soutien au développement des établissements, à la recherche, à la gouvernance et aux manifestations scientifiques. Déclarant que « le français ne doit pas seulement être la langue de Molière », il a, lui aussi, appelé à « rapprocher le français du monde professionnel » et à « l’adapter aux espaces scientifiques et économiques ».

publié le 10/08/2016

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