Nous devons réfléchir, dès aujourd’hui, à l’Haïti de l’après MINUSTAH

Retrouvez l’intervention prononcée par François Delattre devant le conseil de sécurité des Nations unies le 18 mars 2015 à New York.

"Je remercie la représentante spéciale du Secrétaire général en Haïti de sa présentation. Je salue la présence parmi nous de son excellence l’ambassadeur Régis, représentant permanent d’Haïti. Je m’associe aux déclarations que feront l’Union européenne et le Groupe des amis d’Haïti.

Madame la Représentante spéciale, c’est toujours un plaisir de vous retrouver parmi nous pour évoquer la situation d’Haïti et le travail exemplaire que vous y menez à la tête de la MINUSTAH. Nous vous renouvelons notre plein soutien ainsi qu’à vos équipes.

Nous avons étudié avec attention le rapport du Secrétaire général sur l’activité de la MINUSTAH, six mois après le renouvellement de son mandat par la résolution 2180. Ce rapport confirme le schéma d’évolution de la MINUSTAH décidé alors. L’analyse de la situation sécuritaire et des moyens à mettre en oeuvre pour y répondre correspond à la nôtre.

Pour nous, l’évolution de la MINUSTAH procède en effet du choix d’une réponse, mobilisant l’ensemble des moyens à disposition en fonction d’une évaluation globale de la situation. Ce choix a été entériné par le conseil qui avait prévu aussi une clause de rendez-vous pour réévaluer sa posture. Nous nous sommes donnés le temps de la réflexion. Ce Conseil s’est même rendu sur place.

Nous comprenons la préoccupation de certains. Nous prenons en particulier bonne note de la demande adressée par le président Martelly à ce Conseil. Il est évident que la situation en Haïti comprend des facteurs de risques. Nous continuerons de suivre avec la plus grand attention l’évolution de la situation d’Haïti. C’est notre responsabilité en tant que membre de ce Conseil et ami d’Haïti.

Mais nous n’avons entendu aucun argument fondant le maintien du dispositif actuel, ni de sa diminution dans d’autres proportions ou selon un autre calendrier.
Nous estimons qu’il importe à présent de mettre en oeuvre ce que nous avons décidé en octobre.

Il en va de l’autorité et de la crédibilité de ce conseil, qui a voté, rappelons-le à l’unanimité, l’évolution de la MINUSTAH. Il en va également de la confiance que nous portons à la vitalité de la démocratie haïtienne comme facteur de stabilité et de développement de ce pays. Alors que s’ouvre un chapitre majeur de l’histoire haïtienne, riche de tant de promesses, il est essentiel que la MINUSTAH réponde présente, sans immobilisme ni crainte.

Par ailleurs, le conseil ne fait pas l’impasse sur les incertitudes sécuritaires. Il est erroné de parler de diminution de la MINUSTAH. Il s’agit, d’une reconfiguration de sa posture, en fonction de l’évolution de la situation. Dans la préparation des élections à venir, les forces de police seront amenées à assumer un rôle prépondérant et pourront s’appuyer, en dernier ressort, sur une composante militaire à la mobilité accrue.

C’est aussi là l’expression d’une conviction profonde de la France : à d’éventuels problèmes d’ordre public doivent être opposés des solutions de maintien de l’ordre public. À ce titre, nous nous félicitons de la décision de la MINUSTAH d’augmenter le volume de sa composante police et de faire ainsi plein usage du plafond de troupes autorisés par ce conseil.

Au-delà, c’est bien la réflexion sur l’avenir de la MINUSTAH qui émerge enfin. Nous notons avec satisfaction l’entame d’une réflexion entre la MINUSTAH, l’équipe pays et le gouvernement, sur la manière de conduire la transition du dispositif international en Haïti après 2016.

C’est un message positif tant envers les autorités haïtiennes, qu’envers la communauté internationale : nous pouvons enfin regarder vers l’horizon.
Cet horizon se dessine dès maintenant. Un calendrier électoral a été agréé et publié. Les électeurs haïtiens ont été convoqués aux urnes. La machine électorale est désormais lancée.

Nous saluons la création du cadre essentiel pour la tenue des élections longtemps retardées et le renouvellement des institutions démocratiques du pays. Toutes les parties prenantes doivent continuer d’oeuvrer ensemble au renforcement de la confiance mutuelle afin de permettre la tenue d’élections équitables, transparentes et inclusives. Nous appelons tous les acteurs concernés à s’engager résolument au service d’un avenir meilleur pour Haïti et tous les Haïtiens.

Beaucoup reste encore à faire, en effet.

L’État de droit et les institutions doivent améliorer leur efficacité, leur transparence et leur accessibilité.

En matière de droits de l’Homme, la volonté des autorités haïtiennes a été clairement affichée. Mais les violations de droits de l’Homme se poursuivent, et il est de la responsabilité de l’État de transformer ses déclarations en actes dans ce domaine. Nous pensons notamment à la situation des prisonniers, dont beaucoup sont encore en attente de décision de justice.

Enfin, les défis humanitaires restent de taille. Les nouvelles semblent bonnes sur le front de l’épidémie de choléra. Mais une certaine prévalence demeure. Nous soutenons pleinement l’action et l’engagement des Nations unies dans leur action pour l’éradication totale de la maladie.

Pour ces défis qui persistent, il est impératif que les autorités haïtiennes s’approprient pleinement l’assistance qui leur est fournie. Les Nations unies doivent compléter et soutenir l’action de l’État haïtien, mais elles ne peuvent s’y substituer.

En conclusion, je rappellerai que la MINUSTAH a été déployée en 2004 dans un contexte de crise aiguë. Cette crise a été aggravée quelques années plus tard par la tragédie du tremblement de terre. Onze ans plus tard, la situation a, fort heureusement, considérablement changé.

La MINUSTAH doit s’adapter à cette évolution favorable, preuve de son succès. Nous attendons du Secrétaire général qu’il présente à nouveau lors de son prochain rapport des recommandations pour la prochaine phase de la reconfiguration de la MINUSTAH, lancée en octobre dernier.

Nous devons en effet aller plus loin. Dans un contexte de recherche d’une plus grande efficacité du maintien de la paix, nous nous devons de réfléchir, dès aujourd’hui, à Haïti de l’après MINUSTAH. À ce titre, nous sommes désireux d’entamer avec nos partenaires une réflexion sur le rôle que la Commission de consolidation de la paix pourrait jouer pour préparer la présence future des Nations unies en Haïti.
Pour la France, Haïti reste une amie chère et nous continuerons de nous tenir résolument à ses côtés.

Je vous remercie."

Intervention de François Delattre du 18 mars 2015

publié le 21/03/2015

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