Mission de la responsable Education de l’AFD

En 2016, l’AFD fête ses 40 ans d’activités en Haïti. Les missions en Haïti de responsables du siège de l’AFD sont l’occasion de rappeler, secteur par secteur, les grands principes qui sous-tendent les actions de cette institution, placée au cœur du dispositif français de coopération et dont la mission est d’agir pour lutter contre la pauvreté et favoriser le développement durable des pays du sud.

Entretien avec Virginie Bleitrach, responsable de la division Éducation-Formation-Emploi de l’AFD à Paris

1) Quels sont les défis visés par l’AFD dans sa politique d’appui au secteur de l’éducation ?

Les besoins en matière d’éducation, du préscolaire à l’université sont aujourd’hui colossaux partout dans le monde,. Les enjeux sociaux, économiques et politiques liés à l’éducation sont d’une importance cruciale. Garantir l’accès de toutes et tous à une éducation et une formation de qualité tout au long de la vie est une condition fondamentale pour un développement durable et équitable.

La jeunesse est la plus grande richesse des pays en développement et émergents, mais c’est aussi leur plus grand défi.

Moteur d’émancipation et d’autonomisation des individus, l’éducation contribue à faire reculer la pauvreté, l’exclusion sociale et les inégalités. Elle est un facteur déterminant pour améliorer la santé des individus, favoriser la participation citoyenne et l’émergence des classes moyennes, assurer une croissance inclusive, construire des sociétés dynamiques, innovantes et compétitives, favoriser la cohésion sociale et la paix. D’où l’importance d’investir dans le développement des capacités de la jeunesse, de lui donner tout ce dont elle a besoin pour s’intégrer socialement, professionnellement et économiquement.

Ces constats prennent une ampleur nouvelle : l’insertion sociale et professionnelle des jeunes qui arriveront bientôt sur le marché du travail est devenue un enjeu majeur à l’échelle mondiale. Il faut désormais aborder la question de l’éducation en lien avec la citoyenneté et l’emploi.

2) Quels sont les objectifs de l’AFD pour l’éducation, la formation et l’emploi ?

Active dans l’éducation depuis 1999, l’AFD est responsable depuis 2005 de la mise en œuvre de la stratégie bilatérale française de coopération internationale et de développement en matière d’éducation de base, de formation professionnelle et d’insertion.
Le ministère des Affaires étrangères a conservé la responsabilité de la coopération culturelle, de la francophonie et de la promotion de l’enseignement du français, ainsi que de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Entre 2013 et 2015, l’AFD a engagé 1 milliard de nouveaux financements en faveur des secteurs éducation-formation-emploi. L’objectif est de renforcer les systèmes éducatifs des pays partenaires, dont l’importance est cruciale pour le développement des pays. Il s’agit aussi d’accompagner des parcours individuels et collectifs d’éducation et de formation réussis, tout au long de la vie.
Les appuis techniques et financiers, dans chacun des pays partenaires, demeurent cependant bien modestes au regard de l’ampleur et l’urgence des défis. C’est pourquoi l’AFD a surtout comme ambition de soutenir des dynamiques fédératrices, d’exercer un effet de levier sur les financements domestiques et ceux des autres bailleurs à travers la diffusion de bonnes pratiques.

L’AFD concentre ainsi son action sur trois axes stratégiques interdépendants :

  • éducation : favoriser l’accès de tous les enfants à une scolarisation de base de qualité (cycle primaire et collège, soit l’école fondamentale complète en Haïti) pour assurer leur alphabétisation et des parcours réussis vers la formation et l’emploi ;
  • formation : doter les jeunes de compétences utiles dans la vie citoyenne et sur le marché du travail en développant une offre adaptée aux enjeux économiques et environnementaux ;
  • emploi–protection sociale : favoriser une transition réussie vers le marché du travail et l’accès de tous les jeunes à des emplois décents.

À ces trois axes s’ajoute une orientation forte de l’AFD pour améliorer l’efficacité et l’impact de ses interventions, en matière d’égalité femme/homme et de protection de l’environnement.

3) Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui en Haïti ?

Je suis déjà venue en Haïti, en 2014 pour l’instruction d’un projet de formation professionnelle avec l’Institut national de formation professionnelle, puis en 2015, pour répondre aux engagements du président François Hollande qu’il avait pris lors de sa visite en Haïti le 12 mai 2015.

L’AFD concentrera ses interventions dans les prochaines années dans le secteur de l’éducation. Des moyens en expertise sont déjà mobilisés pour préparer un programme pluriannuel en éducation et formation professionnelle. Des experts publics français du Centre international d’études pédagogiques appuient le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle dans la préparation d’un appui au niveau du 3e cycle de l’école fondamentale et du secondaire. Ces secteurs sont en effet peu appuyés par les autres bailleurs et la demande de nos partenaires haïtiens porte donc en particulier sur ce segment. Il apparaît en effet urgent de renforcer la qualité des apprentissages de l’école fondamentale complète en Haïti, l’efficacité des enseignements, de garantir un achèvement réussi du collège comme 1er rempart contre l’exclusion des jeunes et socle incontournable pour favoriser la diversification des parcours vers la poursuite des études ou l’emploi.
Le programme total se déroulera en plusieurs phases entre 2016 et 2020 et totalisera un montant de 10 à 15 millions d’euros. Une première tranche de 2 millions d’euros est prévue d’ici la fin de l’année.

En matière de formation professionnelle, l’AFD s’attachera à professionnaliser les formations et de favoriser leur pilotage par la demande économique pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Le projet « Compétence pour l’emploi des jeunes » a démarré. L’AFD a dédié 5 millions d’euros pour financer la modernisation de l’offre de formation de l’Institut national de formation professionnelle (INFP) et la mise en place d’un lien plus étroit avec les milieux économiques. Il s’agit notamment :

  • De créer une filière de formation aux métiers de l’eau au Centre pilote ;
  • De réhabiliter et rénover ce Centre pilote en priorisant 3 filières (construction, électrotechnique et mécanique automobile) qui bénéficieront d’équipements et de formations de formateurs ;
  • D’apporter un appui global à la modernisation du fonctionnement de l’INFP.

Enfin, l’AFD étudie pour fin 2016 ou début 2017 un nouveau projet d’appui à la formation professionnelle conjointement avec l’Union européenne pour un montant total de 10 million d’euros, structuré autour des pistes de travail suivantes.

  • Le financement de la formation professionnelle : mettre en place les préconditions pour un instrument de type fonds, indispensable à la durabilité des investissements dans le secteur ;
  • L’appui à la formation et à l’insertion socio-économique des jeunes en zones rurales ;
  • Contribuer à la mise en œuvre de la réforme de la formation professionnelle en renforçant les capacités de pilotage du secteur.

JPEG Diplômée d’HEC et titulaire d’un DEA de l’Institut d’études politiques de Paris, Virginie Bleitrach a travaillé chez Paribas, avant de rejoindre la société Vallourec pendant huit ans, où elle a notamment occupé la fonction de global contract manager au sein de la division Pétrole et gaz. En poste à l’AFD depuis 2008, Virginie Bleitrach a été chargée d’affaires senior au sein de la division Entreprises de PROPARCO, avant d’être nommée conseillère pour le développement au cabinet du ministre chargé de la Coopération (fin 2010 à mi-2012). Désormais responsable de la division Éducation-Formation-Emploi, elle accompagne la mise en œuvre de la stratégie de l’AFD dans ces trois secteurs et anime les relations internes et externes dans ces domaines d’intervention.

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publié le 10/08/2016

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