Mission de la responsable Développement urbain de l’AFD

En 2016, l’AFD fête ses 40 ans d’activités en Haïti. Les missions en Haïti de responsables du siège de l’AFD sont l’occasion de rappeler, secteur par secteur, les grands principes qui sous-tendent les actions de cette institution, placée au cœur du dispositif français de coopération et dont la mission est d’agir pour lutter contre la pauvreté et favoriser le développement durable des pays du sud.

Entretien avec Anne Odic, responsable de la division Collectivités locales et Développement urbain de l’AFD à Paris

1) Est-ce qu’une « ville durable » est concevable en Haïti ? La croissance urbaine est une chance ou une fatalité pour Haïti ?

Pour être durable, une ville doit déterminer des priorités pour son développement. Améliorer les conditions de vie des populations urbaines, cela implique un meilleur accès à un logement décent, aux services essentiels tels que l’eau, l’assainissement, l’énergie, la gestion des déchets et aux équipements publics. Mais cela exige aussi de favoriser la mixité sociale, de mettre en œuvre des politiques de mobilité adéquates et de promouvoir des activités économiques et des emplois. Dans l’idéal, pour faciliter leur vie quotidienne et limiter leurs déplacements, les habitants doivent pouvoir accéder au sein de leur quartier à toutes les fonctions de la ville. Mais il ne faut pas oublier qu’une ville durable se construit sur un temps long.

La croissance urbaine, c’est un fait ! En tout cas, dans les pays dans lesquels l’AFD intervient, le rythme d’urbanisation est très important et Haïti n’y déroge pas. S’il n’y avait pas d’opportunités en ville, les populations n’y viendraient pas. La ville est attractive parce qu’elle offre des emplois, services, des équipements. Mais la plus grande difficulté à gérer est la rapidité de cette croissance urbaine : l’urbanisation n’est pas anticipée et la situation peut devenir rapidement désastreuse. Nous savons qu’en Haïti, la population urbaine a très fortement augmenté après le tremblement de terre (elle aurait récemment dépassé 50 % de la population totale) et il a fallu reloger rapidement 1,5 millions de déplacés. A ce jour, des efforts considérables ont été entrepris dans un contexte de reconstruction urbaine et institutionnelle très complexe… et il faut encore continuer.

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2) A Port-au-Prince, on estime à 80 % le territoire investi par des quartiers précaires. Que faire face à cette situation ?

A l’AFD, nous sommes convaincus que dans des agglomérations comme Port-au-Prince qui accueille le quart de la population du pays, il est fondamental d’intégrer l’ensemble des quartiers précaires à la ville pour un développement urbain intégré soucieux des équilibres sociaux et environnementaux. Les quartiers précaires engendrent des problèmes sociaux et sanitaires très importants. Je crois qu’il y a aujourd’hui un consensus sur le fait que détruire ces quartiers et les reconstruire ailleurs n’est pas une solution, sauf si la population y est en danger.

Il faut, autant que possible, améliorer les quartiers précaires in situ, apporter les services, améliorer l’équipement public, mais également appuyer le renforcement des institutions. Les services de l’Etat, de la mairie, doivent se réimplanter au cœur de ces quartiers, tout en accompagnant la structuration sociale à travers la gestion d’espaces publics ou de services de base.

C’est le cas aujourd’hui lorsque l’on appuie la mise en place d’antennes publiques dans les quartiers comme les Centres d’Appui à la Reconstruction (CAR) à Martissant et Baillergeau dans le cadre du programme AIQIP. En effet, ces antennes permettent d’appuyer les ménages pour construire des habitations résistantes aux tremblements de terre, sans écarter la puissance publique qui réglemente ces nouvelles constructions (plus d’informations sur ce projet).

Sous l’impulsion d’une bonne politique publique, on arrive à lancer une dynamique positive : par exemple le long d’une voie rénovée, les habitants finissent par améliorer eux-mêmes leur logement.

3) Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui en Haïti ?

Cette visite en Haïti me permet de voir les réalisations de l’AFD dans le secteur urbain au travers des projets menés dans plusieurs villes du pays et de me rendre compte des progrès tout autant des défis que l’AFD y rencontre.

J’ai donc visité deux quartiers précaires de Port-au-Prince qui font l’objet depuis 2010 d’un projet d’aménagement urbain intégré. J’ai pu également me déplacer en province et j’ai été frappée par les faibles moyens dont sont dotées les collectivités locales haïtiennes mais également par la capacité à imaginer des solutions innovantes.

Au Cap Haïtien, l’AFD est impliquée depuis 2011 dans un projet de gestion des déchets solides mené par la Mairie. Cette ville, qui dispose d’un réel potentiel de développement touristique, souhaite mettre en place un service municipal de gestion de déchets afin d’enrayer le remblaiement de la lagune qui met en risque une importante partie de la population. La Ville du Cap-Haïtien a su s’associer avec les communes voisines de Limonade et de Quartier-Morin en mettant en place une association intercommunale pour le traitement des ordures ménagères mais les efforts doivent s’intensifier, avec l’aide de l’Etat, et bien sûr avec l’appui de l’AFD aux côtés de plusieurs autres partenaires, dont la Mairie de Suresnes, USAID au travers de son programme LOKAL + et la BID (Plus d’informations sur ce projet).

Je reviens par ailleurs de Jacmel, où l’AFD appuie la mairie depuis 2007 afin d’améliorer la résilience de la ville face aux inondations. L’AFD a financé des travaux d’aménagement urbain pour un montant de près de 8 millions d’Euros sur les rivières de Jacmel, qui contribuent déjà à réduire les pertes physiques et humaines en cas d’intempérie. Par ailleurs le projet réhabilite les locaux de l’ancienne Ecole des Sœurs de Cluny pour loger les services administratifs de la mairie et restaurer sa capacité à fournir des services municipaux à la population (Plus d’informations sur ce projet).

Au-delà de cette revue de portefeuille, ma visite est surtout l’occasion de rencontrer et de remercier les partenaires de l’AFD dans le secteur urbain pour leur appui constant et leur implication dans la réalisation des projets, que ce soient les institutions publiques - maîtrises d’ouvrage de projets de l’AFD, les autres partenaires techniques et financiers d’Haïti, les acteurs privés etc. Sans leur concours rien de tout cela ne serait possible !

Enfin nous vivons une étape importante de la réforme de la coopération française : l’AFD vient de recevoir en 2016 le mandat de travailler sur la gouvernance. La France est impliquée depuis plusieurs années dans deux programmes d’appui majeurs aux institutions haïtiennes sur les thématiques de gouvernance locale auprès du Ministère de l’intérieur et des collectivités locales et de la gestion foncière auprès du CIAT. Ma mission est également l’occasion de réfléchir sur la meilleure manière d’organiser ce transfert de compétence à l’AFD afin de maintenir une continuité de l’appui, reconnu et apprécié par les partenaires haïtiens.

JPEG Anne Odic est responsable de la division Collectivités Locales et Développement urbain de l’Agence Française de Développement. Spécialiste en matière de Villes et changement climatique, elle a travaillé pendant 12 ans en agence (en Afrique du Sud puis dans l’Outre-Mer), avant de rejoindre en 2008 la division Collectivités locales au siège de l’AFD. Anne Odic est diplômée de Sciences Po (Paris), elle a également un DEA en Socio-économie du Développement à la Sorbonne.

Katye Nou Pi Bel, un exemple de projet d’aménagement urbain soutenu par l’AFD

Liens utiles :

- Villes Durables : cadre d’Intervention Sectoriel 2014-2017

- L’AFD & l’intervention en Quartiers Précaires

- Améliorer les quartiers précaires : Approches suivies au Burkina, Djibouti et Haïti

publié le 10/08/2016

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