Lac de Miragoâne : les travaux ont commencé

Situé dans le département des Nippes, au sud-ouest d’Haïti, le lac de Miragoâne a vu son niveau monter lentement depuis deux ans environ. Ce phénomène a pris des proportions catastrophiques en septembre 2008 en raison de la pluviométrie exceptionnelle provoquée par les cyclones Faye, Gustav, Hanna et Ike.

Afficher Lac de Miragoâne sur une carte plus grande

Le lac a en effet alors débordé au point de couper sur deux cents mètres la route nationale numéro 2, qui relie tout le sud-ouest du pays à sa capitale, Port-au-Prince. Pendant plusieurs semaines, plusieurs centaines de milliers d’habitants des départements des Nippes, de la Grande Anse et du Sud n’ont donc pu être ravitaillés que par voie maritime ou aérienne.

La route nationale numéro 2 coupée par la montée des eaux - JPEG

Une déviation avait été mise en place en urgence, mais elle ne satisfait qu’imparfaitement les besoins des automobilistes, des transporteurs et des riverains. Certains de ces derniers sont désormais obligés d’emprunter chaque jour des barques pour se rendre au travail ou à l’école, alors que leurs champs sont parfois toujours immergés. Surtout, jusqu’à une date récente, le niveau de l’eau continuait à monter...

Dès l’automne 2008, plusieurs missions d’expertise ont été dépêchées sur le terrain. Elles ont recommandé la réalisation d’importants travaux de génie civil pour remédier à ce problème - des préconisations qui ont été jugées inappropriées en termes de coût comme de délai de réalisation par les autorités haïtiennes. A la fin de l’hiver 2009, ces dernières ont donc demandé un appui technique à la France .

Le diagnostic : des pratiques humaines dont les effets ont été aggravés par une catastrophe naturelle

Une mission d’exploration financée par l’Ambassade de France et pilotée par le ministère haïtien des Travaux publics, des transports et des communications a ainsi été menée du 23 mars au 2 avril 2009 par un plongeur professionnel venu de la Martinique, M. Alain Rauwel. Ce dernier a pu constater de visu que la crue récente était due à l’obstruction de quatre zones d’écoulement subaquatiques qui permettaient habituellement à l’eau de s’évacuer par infiltration à travers un morne (une colline) jusqu’à la mer, distante de 2 kilomètres : le niveau du lac continuait donc à monter, comme celui d’un évier dont la bonde serait fermée.

M. Rauwel s’est en outre rendu compte que les causes de ces obstructions n’étaient pas toujours naturelles : il a remarqué que des ballots de vêtements, des sacs lestés et des tissus contribuaient tout autant à ce phénomène que les roches, les arbres et les sédiments emportés par les derniers cyclones. Ces objets avaient en réalité été intentionnellement jetés dans le lac par certains riverains au cours des dernières années, afin de retenir l’eau en période sèche ; or, ce mode de régulation empirique du niveau du lac avait trouvé ses limites avec les précipitations et l’érosion inhabituellement importantes de la saison cyclonique 2008...

A court terme : permettre à l’eau de s’écouler

Il fallait donc, dans un premier temps, curer ces canaux d’évacuation subaquatiques. Là encore, la France a accepté de financer cette opération, pour un montant de 192 000 dollars américains - une somme mobilisée par l’Agence française de développement (AFD).

Le chantier, confié à une entreprise locale, a débuté le 29 juillet : depuis lors, une équipe de plongeurs débouche ainsi tout simplement, à la main, ces "tuyaux" naturels.

Les plongeurs au travail - JPEG

Bien que ces travaux soient loin d’être achevés et que les pluies aient repris dans la région, leurs résultats sont déjà visibles : au 18 août, ils avaient permis de faire baisser le niveau du lac d’environ 50 cm.

A moyen terme : s’entendre sur la gestion de l’eau et des territoires

A terme, il sera sans doute possible, de mettre en place des valves au dessus de ces orifices d’évacuation afin de réguler à volonté le niveau des eaux. Mais, en la matière, aucune solution pérenne ne sera exclusivement technologique : l’Etat, les riverains, les agriculteurs et les collectivités locales devront nécessairement s’entendre sur la gestion de cette ressource à la fois précieuse et dangereuse.

C’est précisément pour faire face à des situations de ce type que le gouvernement haïtien a récemment décidé la mise en place en son sein d’un Comité interministériel pour l’aménagement du territoire (CIAT), dont le rôle est notamment de promouvoir de telles démarches participatives. Là aussi, la France accompagne ses partenaires haïtiens : elle a d’ores et déjà détaché auprès de cette nouvelle structure un cadre de haut niveau issu de son ministère de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer.

Retrouvez les photographies qui illustrent cet article en grand format sur l’espace Flickr de l’Ambassade de France.

publié le 11/01/2010

haut de la page