La mémoire des lieux : 51 rue Capois

Le site de l’ambassade de France occupe, au cœur de la capitale haïtienne un espace devenu au fil des ans un géosymbole : un lieu dont la mémoire ajoute aux qualités intrinsèques de site et de situation une dimension presque sacrée qui les fait participer du patrimoine matériel et immatériel de tout un peuple.

Construite entre 1911 et 1912, la Maison Laroche, belle demeure patricienne de briques claires, avec ses galeries en arcades et ses salles spacieuses en enfilade séparées de portes à deux battants percés de jalousies, avait la façade principale tournée vers le couchant. Le jardin donnait sur le Champ de Mars où repose l’âme des Héros de l’Indépendance, la cour sur les collines boisées de Turgeau. Une telle proximité ne pouvait rester sans effet sur le bâtiment lui-même. En effet, en 1912, après l’explosion du palais présidentiel au cours de laquelle périt le président Cincinnatus Leconte, la maison Laroche devint le siège du pouvoir, le cœur symbolique de l’Etat.

Quatre Présidents s’y succédèrent : Tancrède Auguste, Michel Oreste, Oreste Zamor, Davilmar Théodore, de 1912 à 1919. Pendant l’Occupation Américaine, elle devint le Quartier Général du Corps de Marines jusqu’en 1934, puis le Cercle des Officiers de l’Armée d’Haïti. En 1942, elle devint le siège de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique avant que celle-ci ne déménageât vers le bord de mer, sur l’avenue Harry Truman en 1960. Le premier octobre de la même année, l’ambassade de France s’y installa à son tour. Depuis, c’est resté le lieu d’ancrage d’une certaine affection de la France envers Haiti. 17 Ambassadeurs s’y sont succédés, dont une seule femme, madame Elisabeth Beton Delègue. Au bâtiment originel se sont ajoutés deux pavillons adjacents. L’un en 1973, pour le service de coopération et d’action culturelle, l’autre en 2008 pour accueillir le service des visas.

Le séisme du 12 janvier 2010 a définitivement rayé de la carte le bel édifice en briques claires qui trônait à deux pas du Rex Théâtre, juste en face de la tribune officielle où se déroulaient les défilés les plus solennels du culte patriotique haïtien. Mais il reste de tout cela une mémoire enfouie, des images, des cartes postales, des gravures et une nostalgie qui font la force et l’intemporalité des géosymboles. Ils survivent à leur destruction.

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publié le 30/11/2016

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