"La France restera aux côtés du peuple haïtien"

A l’issue de sa visite en Haïti, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, M. Jean-Marc Ayrault, a donné une conférence de presse conjointe avec son homologue, M. Pierrot Delienne.

"Ma visite en Haïti a été courte mais, je dois vous le dire, très intense. Aucune minute n’a été perdue. Pendant ces vingt-quatre heures, je me suis rendu à Port-au-Prince, mais aussi à Jérémie.

Si je suis allé ce matin dans la Grand’Anse, c’était bien sûr pour transmettre au peuple haïtien un message de solidarité après les ravages provoqués par l’ouragan Matthew. Je dois vous dire que l’émotion provoquée en France par cette nouvelle catastrophe qui touche Haïti a été immense. Nous nous sommes mobilisés pour aider le peuple et les autorités haïtiennes face à l’urgence. Nous devons cela à l’amitié qui unit nos deux peuples.

J’ai visité ce matin l’hôpital de Jérémie et l’Alliance française, dont les bâtiments ont été endommagés par le cyclone. Dans les deux cas, je me suis engagé au nom de la France à aider à la reconstruction. Aller à Jérémie a aussi été pour moi l’occasion de rencontrer les maires, les élus locaux et les représentants de l’Etat haïtien qui étaient en première ligne pour venir en aide à la population. Ils l’ont fait avec peu de moyens mais beaucoup de courage et de dignité. J’ai tenu à le souligner. J’ai aussi rencontré des ONG françaises qui sont engagées depuis plusieurs années sur le terrain et qui font un travail extraordinaire.

Bien sûr, j’aurais préféré me rendre à Jérémie dans d’autres circonstances. Mais la ville natale du Général Dumas, le héros de la Révolution française dont le nom est inscrit sur l’Arc de Triomphe à Paris, méritait qu’un membre du gouvernement français vienne lui rendre visite.

Mon déplacement n’était pas seulement motivé par la mémoire, et par la compassion. Haïti a besoin de se développer. Ce pays a besoin de se reconstruire, de regarder vers l’avenir avec confiance. Et la France veut, avec Haiti, à la fois assumer notre histoire commune mais aussi, surtout, regarder vers l’avenir.

Hier soir, dès mon arrivée, j’ai rencontré le Président Privert. Nous avons eu un entretien très chaleureux. Et je l’ai d’abord félicité d’avoir créé les conditions d’un processus électoral libre, inclusif, transparent, et mené de bout en bout par les seules autorités haïtiennes – la communauté internationale a aidé, bien sûr, elle a joué son rôle, mais ce succès, c’est le succès des Haïtiens.

Evidemment, ce processus n’est pas encore tout à fait terminé : nous en sommes encore en attente des résultats définitifs du Conseil électoral. Par respect pour son travail, pour la souveraineté d’Haïti, pour les citoyens haïtiens qui se sont exprimés, je ne commenterai donc pas les résultats préliminaires. La France en a pris note. Il appartient aux autorités haïtiennes, en toute indépendance, de désigner les vainqueurs ; il appartient aussi à tous les acteurs politiques haïtiens de respecter la législation électorale. En démocratie, aucune contestation ne doit se faire par la violence.

Je suis également venu dire au Président Privert, à son gouvernement et à tous ici que, quels que soient ces résultats, la France restera aux côtés du peuple haïtien. Le Président de la République qui est venu ici au Printemps 2015 s’y est engagé : la France souhaite poursuivre son partenariat équilibré avec Haïti. Le développement de votre pays ne peut être durable que si nous menons ensemble des projets d’avenir dans des secteurs prioritaires, tels que l’éducation, la santé et l’agriculture.

C’est pourquoi le gouvernement français vient de prendre une importante décision ces derniers jours : inscrire Haïti dans la liste des pays prioritaires de notre aide publique au développement. Cette liste n’est pas longue : elle ne compte que 17 pays sur près de 200 dans le monde. Haïti fait désormais partie de ces 17, cela montre à quel point Haïti est proche de notre coeur. Cette décision nous permettra de mettre en œuvre des projets pour le développement pérenne d’Haïti, pour renforcer son indépendance et sa souveraineté, pour répondre aux priorités déterminées par les autorités haïtiennes.

Cette décision très importante s’inscrit aussi dans une volonté d’augmenter l’aide française au développement. L’AFD dont le Directeur général m’accompagnait pendant cette visite et qui vient de fêter ses 75 ans va disposer de moyens beaucoup plus importants que par le passé. L’aide directe, bilatérale, va également fortement augmenter et l’aide européenne à laquelle la France contribue très fortement, puisqu’elle est l’un des premiers financeurs, va également contribuer à mettre en œuvre tous ces projets.

J’ai rencontré des représentants de la société civile, des hommes et des femmes de toutes générations très engagés pour leur pays, des patriotes, des amoureux d’Haïti et qui sentent que quelque chose est en train de se passer et que ce rendez-vous ne doit pas être manqué. En tout cas, j’ai bien reçu ce message.

La bonne tenue de ces élections constitue justement une page importante de l’histoire démocratique d’Haïti. L’engagement sur la voie de la stabilité politique est fondamental pour permettre le redressement économique, pour le bien de tous : j’encourage le futur Président et le gouvernement qui sera nommé à continuer sur cette direction. Qu’il sache, et que le peuple haïtien sache que la France se tiendra à leurs côtés."

publié le 16/01/2017

haut de la page