"L’élection présidentielle doit se dérouler dans le calme et le dialogue démocratique"

Haïti/ Renouvellement du mandat de la MINUSTAH - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 8 octobre 2015

Monsieur le Président,

Je remercie la Représentante spéciale du Secrétaire général en Haïti, Mme Sandra Honoré, pour sa présentation et pour son engagement. Je m’associe aux déclarations que prononceront tout à l’heure le représentant de l’Union européenne ainsi que celui de l’Uruguay, au nom du groupe des amis d’Haïti.

Monsieur le Président,

Chacun sait combien les défis sont grands en Haïti. Ce pays qui nous est cher n’a pas été épargné, au cours de son histoire récente, par les fléaux de la pauvreté, de l’insécurité et des catastrophes naturelles.

Les difficultés structurelles auxquelles Haïti fait face appellent un engagement soutenu et de long terme de la part de la communauté internationale. La France y prend toute sa part, au travers de ses contributions générales aux opérations, fonds et programmes de l’ONU mais également à titre bilatéral, comme l’a illustré la récente visite du Président de la République à Port-au-Prince en mai dernier. Le Président Hollande lors de cette visite importante a notamment annoncé un engagement à hauteur de 50M€ dans le secteur de l’éducation au cours des 5 prochaines années.

Monsieur le Président,

Il serait pour autant injuste de réduire Haïti à un tableau sombre et négatif. C’est également un pays où de nombreuses dynamiques de progrès sont à l’œuvre à divers niveaux. Elles constituent autant de motifs d’espoir, que nous devons apprécier à leur juste valeur, et naturellement encourager de toutes nos forces.

Cet espoir, il est d’abord et avant tout démocratique. L’organisation d’élections, longtemps attendues et appelées de nos vœux, est enfin d’actualité. Le premier tour des élections législatives et sénatoriales s’est tenu, ses résultats ont été publiés. Nous déplorons certes quelques cas de violence, avec des pertes humaines inacceptables ; certaines irrégularités. Ces incidents ont toutefois été contenus et bien relevés. Et surtout la sécurité des opérations électorales a été globalement assurée. Le Conseil Electoral Provisoire a pris ses responsabilités en annonçant notamment l’organisation d’un nouveau scrutin dans un quart des bureaux de vote ainsi que la destitution de candidats impliqués dans des troubles.

La France forme le vœu que les élections présidentielles, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours, se déroulent dans le calme, la sérénité et le dialogue démocratique. Ces élections doivent continuer d’être libres, transparentes et inclusives. La poursuite du travail rigoureux mené par le Conseil Electoral Provisoire ainsi que l’engagement responsable de l’ensemble des acteurs politiques, seront décisifs à cet égard.

Monsieur le Président,

Onze ans après sa mise en place et le vote de son premier mandat, force est de constater que la configuration actuelle de la MINUSTAH n’est plus réellement adaptée aux réalités de la situation en Haïti.

De nombreux progrès ont en effet été réalisés depuis 2004, en premier lieu dans le domaine de la sécurité. Haïti et sa population peuvent désormais compter sur une police nationale dont le niveau de professionnalisme et les moyens en pleine croissance devraient lui permettre à brève échéance d’assurer le maintien de l’ordre sur l’ensemble du territoire de manière autonome.

Plusieurs signaux relevés dans le dernier rapport du Secrétaire général sont encourageants et méritent d’être relevés : la situation sécuritaire du pays est restée généralement stable depuis l’adoption du précédent mandat de la force, y compris lors de la tenue du premier tour des élections législatives et sénatoriales ; la police nationale haïtienne intervient désormais en première ligne de manière efficace dans quasiment toutes les situations ; les départements dont la composante militaire s’est retirée n’ont pas connu d’augmentation du niveau de violence.

Monsieur le Président,

Ce constat nous appelle à engager une réflexion profonde sur l’avenir de la présence et du rôle des Nations unies en Haïti. Nous devons savoir collectivement reconnaître les succès obtenus grâce au soutien de la MINUSTAH en Haïti, tout en veillant bien sûr à préserver les acquis. Un processus de reconfiguration a été initié à cet égard l’année dernière. Il importe de le mener à son terme.

Il est en effet de notre responsabilité de faire évoluer les moyens déployés sur place pour répondre au mieux aux besoins de ce pays et de sa population. Il en va de la crédibilité de l’action de ce Conseil, mais également de son efficacité. La France est convaincue qu’il est désormais temps de passer d’une logique de maintien de la paix à une logique de consolidation de la paix en Haïti. La sécurité et la stabilisation d’Haïti à long terme repose sur la prise de leur responsabilité par les autorités haïtiennes et du développement durable de l’île.

Une présence onusienne reste évidemment hautement nécessaire aujourd’hui. Elle doit toutefois être recalibrée, autour de l’objectif principal que constitue le renforcement des capacités des institutions haïtiennes, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’état de droit, de la gouvernance et du respect des droits de l’Homme. La situation des droits des enfants, les dysfonctionnements du système judiciaire et carcéral ainsi que les problèmes d’accès aux droits économiques et sociaux dans le contexte de la reconstruction sont encore source de préoccupation. Il est notamment crucial de répondre aux lacunes significatives qui subsistent dans ces domaines, où l’action des autorités haïtiennes est volontariste mais doit être encore sensiblement renforcée.

Monsieur le Président,

La France accueille donc très favorablement la recommandation du Secrétaire général de conduire une revue stratégique en Haïti.

Nous souhaitons que celle-ci débouche sur la présentation au Conseil de recommandations d’action concrètes sur l’avenir de la présence et du rôle des Nations unies en Haïti, afin d’achever le mouvement de reconfiguration engagé au sein de la MINUSTAH, dans l’intérêt, encore une fois, d’Haïti et de sa population.

Nous sommes attachés à ce que cet exercice soit mené dès le lendemain de la conclusion du cycle électoral en cours et suffisamment en amont de la fin du prochain et possiblement dernier mandat que ce Conseil examinera la semaine prochaine, si les conditions sécuritaires restent inchangées, évidemment.

Monsieur le Président,

La situation en Haïti nous interpelle tous. L’appui de la communauté internationale et l’engagement des Nations unies demeurent plus que jamais nécessaires. Mais notre responsabilité au sein de ce Conseil est de tout faire pour qu’ils soient aussi adaptés et efficaces que possible. Les défis auxquels fait face Haïti et les attentes de sa population ne nous offrent pas le luxe d’attendre pour prendre les décisions qui s’imposent.

Je vous remercie.

publié le 10/08/2016

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