La France en Haïti Ambassade de France à Port-au-Prince
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L’Ambassade de France

L’Ambassade de France en Haïti est installée depuis 1960 au 51, rue Capois. Jusqu’au tremblement de terre du 12 janvier 2010, elle y occupait principalement un bâtiment donnant sur l’esplanade du Champ de Mars, qu’elle avait déjà loué de 1936 à 1942. La France est propriétaire de ce terrain depuis 1968.

La Maison Laroche

De 1960 à 2010, l’Ambassade de France occupait principalement "l’hôtel Laroche", une grande maison bourgeoise construite au début du XXème siècle.


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Le premier propriétaire de cet édifice, John Laroche, était ministre du Commerce lorsqu’il fit construire la maison sous le mandat du Président Cincinnatus Leconte (1911-1912). C’est à la même époque que furent édifiées les casernes Dessalines, sur le champ de Mars. Comme ces dernières, la maison Laroche était construite essentiellement en briques, sans doute venues du Cap-Haïtien. John Laroche, pourtant, n’habitera pratiquement pas sa maison qui, à peine achevée, fit pendant plusieurs années office de Palais National.

John Laroche

Le 8 août 1912 se produisit en effet la fameuse explosion qui détruisit entièrement la résidence officielle du Président de la République [1] . Tancrède Auguste (président du 8 août 1912 au 2 mai 1913), puis Michel Oreste (président du 4 mai 1913 au 27 janvier 1914) s’en accommodèrent en résidant à leur domicile personnel. Mais le Général Oreste Zamor, élu président le 8 février 1914 après sa victoire sur les troupes régulières, jeta son dévolu sur la belle maison Laroche et s’y installa. Elle devint palais présidentiel et le resta pendant cinq ans.

Carte postale représentant la "Maison Laroche" entre 1912 et 1919

Quatre présidents l’habitèrent successivement :

-  Oreste Zamor du 8 février au 28 octobre 1914, date à laquelle il fut renversé par son rival Davilmar Théodore ;

-  Davilmar Théodore, qui s’installa d’abord aux Casernes Dessalines avec ses « cacos » mais qui, peut-être importuné par son entourage bruyant, choisit rapidement de s’installer lui aussi à l’Hôtel Laroche, jusqu’à sa démission le 21 février 1915 ;

-  Vilbrun Guillaume Sam, qui, après s’être fait proclamer chef de l’Etat au Cap-Haïtien, entra à Port-au-Prince le 27 février 1915, fut élu Président par l’Assemblée Nationale le 4 mars et s’installa à l’Hôtel Laroche le 18 mars. Une bonne partie de ses « cacos » le suivit, installant ses campements sur la partie nord du jardin.

Le Président Sam demeura dans la maison Laroche jusqu’au 27 juillet 1915, jour de l’émeute sanglante au cours de laquelle la foule pénétra dans le palais provisoire, blessant son occupant, qui choisissait alors de se réfugier dans la maison voisine, la villa « La Gosseline », qui était alors le siège de la Légation de France, sur l’emplacement de l’actuel Collège-Saint-Pierre. Le lendemain 28 juillet, il fut, en violation de l’immunité diplomatique, arraché de son refuge par une trentaine de jeunes gens sous les yeux du Ministre de France, Pierre Girard, pour être lynché sur le trottoir du Chemin des Dalles.

La villa "La Gossaline" vers 1920

-  Sudre Dartiguenave, qui ne put s’installer dans la maison que quelques mois après son élection. L’Hôtel Laroche en effet, avait souffert des combats du 27 juillet et était en réparations. Dartiguenave dut donc attendre la fin des travaux, et résida provisoirement au Chemin des Dalles, au domicile d’un parent. C’est en décembre 1915 qu’il s’installa à l’Hôtel Laroche, où il resta trois ans et demi. En 1919, il quitta cette résidence pour l’actuel Palais National, dont les travaux avaient suffisamment avancé pour l’accueillir [2].

L’Armée américaine s’entendit alors avec le propriétaire de l’Hôtel Laroche et y installa le quartier général de ses troupes de marine en Haïti.

Le Champ de Mars et la Maison Laroche en 1930

L’Hôtel Laroche a donc été Q.G. des "Marines" jusqu’au départ des forces américaines, en 1934. Une cérémonie restée célèbre, à laquelle participa le Président Stenio Vincent, fut donnée à cette occasion (cf. la photographie ci-dessous) :

Cérémonie pour le départ du corps des Marines

L’Hôtel Laroche fut alors loué par les Forces Armées d’Haïti pour le Cercle des Officiers. On y donna brièvement des réceptions brillantes, notamment à l’occasion de l’inauguration du mess par le Président Stenio Vincent, le 1er août 1936.

La Légation de France qui, depuis son long séjour dans les locaux de l’actuel Rectorat de l’Université d’Haïti, rue Bonne Foi, avait erré entre le Champ-de-Mars et Turgeau, trouva avec l’Hôtel Laroche un bâtiment conforme à ses besoins. Monsieur de Lens, envoyé extraordinaire et plénipotentiaire depuis le 30 mai 1936, y installa donc les services de Légation, dans les lieux mêmes où avait commencé la mise à mort de Sam, de l’autre côté du fameux « mur » percé par le président pour se réfugier chez les Français. La villa « La Gosseline » devint pour sa part l’ « Hôtel du Champ de Mars ».

En septembre 1939, la deuxième guerre mondiale appela M. de Lens en France. La Légation resta sous la garde du Ministre de France en République Dominicaine. Mais, en décembre 1941, Haïti déclara la guerre à l’Allemagne, et les relations entre Haïti et le gouvernement français de Vichy furent rompues. Les intérêts français furent confiés au Consulat général de Suisse [3] , lequel n’avait pourtant pas les moyens de payer le loyer d’un tel immeuble. C’est pourquoi, en juin 1942, au moment même où prenait ses fonctions à Port-au-Prince le délégué du Comité National Français de Londres, nommé par le Général de Gaulle, Monsieur Grousset, la Légation française quitta l’Hôtel Laroche pour se replier à Turgeau. De 1942 à 1960, elle louera quatre successivement quatre maisons dans le même quartier.

La Maison Laroche

Il n’est pas établi que, à l’arrivée du Ministre Plénipotentiaire, M. Chayet, en 1945, la France chercha à récupérer l’Hôtel Laroche. Mais le plan d’urbanisme de Port-au-Prince mis sur pied pour l’exposition du bicentenaire en 1950 allait ouvrir la voie à un nouveau chassé croisé. Le Président Dumarsais Estimé désirait, en effet, que les Ambassades s’installent sur le front de mer, et fit réserver des terrains à cet effet. Les Etats-Unis entreprirent la construction d’un bâtiment neuf sur l’avenue du Bicentenaire, tandis que la France affectait la parcelle mise à sa disposition à son Institut culturel, dont la construction était prévue par l’Accord culturel franco-haïtien du 24 septembre 1945.

Les Etats-Unis inaugurèrent leur nouvelle ambassade le 14 avril 1960, ce qui permit à la France de retrouver la Maison Laroche, le 1er octobre 1960.

Huit ans plus tard, les propriétaires, héritiers de Laroche, proposaient à la France d’acheter l’immeuble et le terrain. Un accord fut rapidement trouvé sur le prix : 107 000 dollars.

La destruction de l’hôtel Laroche

L’hôtel Laroche avait été très sérieusement endommagé par le séisme du 12 janvier 2010, qui fit plusieurs centaines de milliers de morts et détruisit la quasi-totalité des bâtiments situés dans le centre historique de Port-au-Prince.

Certes, la bâtisse en elle-même, solide et bien entretenue, ne s’était pas effondrée : l’ambassadeur Le Bret et ses cinq collaborateurs qui y travaillaient au moment du tremblement de terre ont eu la vie sauve. Mais près de 40 % de sa maçonnerie avait été détruite : elle n’était donc pas récupérable. L’hôtel Laroche a donc dû être rasé en octobre 2010.

Le même mois, un appel d’offres était lancé afin de sélectionner le cabinet d’architectes chargé de reconstruire, sur le même emplacement, une nouvelle ambassade. Un projet a finalement été retenu fin avril 2011. Il a été dévoilé au grand public le 13 mai 2011 par M. Alain Juppé à l’occasion d’un déplacement du Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères européennes, à Port-au-Prince : cet article lui est consacré.

Dans l’intervalle, les services de l’Ambassade se sont repliés sur les bâtiments annexes situés dans la même emprise.

[1] Depuis plusieurs années, le Palais faisait office de poudrière ; le 8 août 1912, les explosifs entreposés dans les sous-sols furent mis à feu, dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées.

[2] Ils avaient commencé en 1916 sous la direction de Georges Baussan, mais leur bonne marche se trouvait gênée par la guerre mondiale et ses contrecoups sur les livraisons de matériel. Toutefois, en 1919, ils étaient suffisamment avancés pour que le Président puisse en habiter l’aile est.

[3] Archives du Département politique fédéral suisse, communiquées par le Consulat général.

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