Discours de l’Ambassadeur à l’occasion du 14 juillet

Dédiée à la mémoire des victimes de l’attentat de Nice, la traditionnelle cérémonie du 14 juillet a débuté cette année par une minute de silence. Voici le discours prononcé après ce moment de recueillement par l’Ambassadeur de France en Haïti, Mme Elisabeth Beton Delègue.

Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères et des cultes,
Mesdames et messieurs les Ministres, Messieurs les parlementaires,
Messieurs les maires,
Hautes autorités, représentants des institutions publiques, représentants de la société civile,
Monsieur le doyen et chers collègues du corps diplomatique et des organisations internationales,
Mes chers compatriotes,
Honorables invités, Chers amis,

Comme vous le savez sans doute, la France vient d’être frappée par un nouvel attentat, ce soir à Nice, à l’issue du feu d’artifice qui clôturait le 14 juillet. C’est un acte de barbarie qui vient une fois de plus d’être perpétré. Mais, face aux attentats, la France restera toujours debout. Par solidarité avec les victimes, je vous demande d’observer une minute de silence.

Je suis honorée de vous accueillir de nouveau ici, ce soir, avec Yves mon époux, à l’occasion de ce deuxième 14 juillet sur cette terre haïtienne, où notre révolution a aussi résonné avec une force qui a ébranlé le monde. Pour tous, il s’agit de fêter la prise de la Bastille, mais telle n’était cependant pas l’intention première des fondateurs de notre fête nationale, qui avaient pris pour date anniversaire non pas le 14 juillet 1789 mais le 14 juillet 1790, en référence à la fête de la fédération, instituée pour célébrer, après les déchirements de la révolution, l’unité et la réconciliation des français. En ces temps de confusion et de levée de divisions, en France en Europe, dans le monde, ce petit rappel historique a son importance. Il prend aussi tout son sens ici en Haïti où la crise actuelle est un révélateur de la difficulté à construire une vision commune qui dépasse les intérêts particuliers.

Je suis profondément triste et déçue d’apprendre que la tenue de l’Assemblée nationale a été une fois de plus compromise ce 14 juillet. J’appelle les parlementaires à ne pas se dérober aux responsabilités qui sont les leurs, pour ne pas pérenniser un statu quo qui favorise l’instabilité sous toutes ses formes et pèse sur la poursuite, impérative, du processus électoral. La démocratie ne se résume pas à des élections, nous le savons tous, mais la démocratie se nourrit des élections. Je forme donc le voeu que votre pays puisse mener à terme ce processus électoral, dans des conditions qui permettent de jeter les bases d’une stabilité politique sans laquelle il ne peut y avoir ni justice, ni sécurité, ni redressement économique, ni investissement, ni les conditions requises pour bâtir des partenariats qui soient des leviers du développement, et non pas seulement des amortisseurs de la précarité. La route est encore longue et semée d’embûches : aux acteurs haïtiens de tout bord, je me permets de répéter la fameuse exhortation de Danton : « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ! »

La France est indissociable de l’histoire d’Haïti : elle souhaite participer de son avenir et oeuvrer au côté de tous ceux qui sont engagés en faveur du changement. C’est le sens du message délivré par le chef de l’Etat français lors de sa visite en mai 2015, que nous nous efforçons d’imprimer à notre coopération.

Oeuvrer pour le futur, c’est d’abord miser sur la jeunesse et l’éducation : les engagements pris par le président Hollande sont tenus. Le plan éducation est lancé, dans une démarche qui fédère l’ensemble du dispositif français : l’Agence française de Développement, le service de coopération, le lycée Alexandre Dumas, les Alliances françaises, mais aussi les ONG et le réseau qui se constitue progressivement avec plus de 4 000 établissements et institutions partenaires. Les assises de la formation professionnelle, celles de l’usage du numérique dans l’éducation, la semaine de l’enseignement supérieur et de la recherche en juin 2016 ont jalonné l’implication croissante de la France sur toute la chaine éducative : fondamental et secondaire, formation professionnelle, enseignement supérieur et recherche. Cet engagement français, c’est aussi la mise en place d’un guichet unique d’information et d’orientation sur les études en France au service des étudiants haïtiens et le lancement d’un réseau social pour fédérer ceux qui ont étudié en France « Alumni Haïti » que nous allons animer dès la rentrée : merci aux parrains et marraines qui portent avec nous ce nouveau réseau sur les fonts baptismaux.

Oeuvrer pour le futur, c’est aussi aider Haïti à s’insérer dans la dynamique créée par la COP21 qui a marqué une étape décisive vers la construction d’un nouvel ordre économique qui réconcilie l’homme avec la planète. L’initiative "Haïti prend racine" portée par la France et la fondation JPHRO de M. Sean Penn se construit en ralliant d’autres partenaires dans une approche innovante qui conjugue des méthodes de travail multi acteurs et multisectorielles et des sources de financement diversifiées, publiques comme privées. L’objectif est que cette initiative, portée par l’Etat haïtien, ouvre l’accès aux nouveaux mécanismes de financement mis en place pour les pays vulnérables. Pour ce faire, je souhaite que le parlement haïtien puisse ratifier rapidement cet accord signé en mai dernier par le président à New York.

Oeuvrer pour le futur, c’est aussi aider à reconstruire le présent d’Haïti en dépassant les frontières qui brident les énergies :

Celles dictées par l’insularité de votre géographie, qui est aussi celle de nos Antilles françaises, Martinique et Guadeloupe, qui partagent avec vous des préoccupations communes en matière d’environnement, de déchets, de protection civile : travaillons ensemble au renforcement de la coopération régionale dans cet espace caribéen commun. Les Départements français d’Amérique disposent aussi de compétences de qualité dans les administrations et services publics de l’Etat qui peuvent être plus et mieux mobilisées en réponse aux demandes haïtiennes. Utilisez les encore plus !

Autre frontière, intérieure celle-ci, qui sépare Port-au-Prince du pays en dehors. L’installation de nouveaux maires élus, avancée notable, après 5 ans de jachère démocratique, va permettre désormais d’aborder les questions de développement local au bon échelon, celui des acteurs de terrain, redevables devant la population de leurs actions. La coopération de proximité conduite en Haïti par les collectivités locales françaises, qui s’était progressivement étiolée, va y puiser un nouvel élan et nous portons l’ambition d’organiser l’an prochain des rencontres entre élus locaux de nos deux pays, avec l’appui des groupes d’amitié de nos chambres des députés respectives.

Troisième frontière qui fragmente la société, celle de l’accès à la culture et à la francophonie. Depuis 1945, la culture a été au coeur de notre relation avec Haïti : une évidence, portée par les visites d’André Breton, d’Aimé Césaire, Alfred Métreaux, et d’autres, subjugués par la puissance de la créativité artistique haïtienne. Une évidence dont témoigne toujours l’engouement que suscitent vos écrivains en France où ils sont non seulement primés, mais avidement lus. Après la réception sous la coupole de Dany Laferrière en 2015, cette année encore est sous le signe de la littérature, avec un grand " L", entre la consécration de Mackenzy Orcel, le centenaire célébré de Marie Vieux Chauvet, et les 90 ans, dans quelques semaines, de l’immense, et jubilatoire René Depestre.

L’Institut français en Haïti a fêté en décembre dernier ses 70 ans : exceptionnelle longévité, qui témoigne aussi de la constance du soutien de la France au développement culturel en Haïti. 70 ans, et une énergie intacte au service du dialogue multiculturel, de la promotion des jeunes talents et de l’accès à la culture pour le plus grand nombre désormais en association étroite avec les 5 Alliances françaises présentes sur le territoire. Ciné Laria, notre cinéma de plein air ambulant sillonne les campagnes. Depuis mars 2016 chaque dimanche sur RFI à 13H30, Koze Kilti commente l’actualité culturelle haïtienne en créole et français, car le bilinguisme, doit nous rapprocher et non nous séparer. Palé fransè pa di lespri, se vre, men li kapab ede yo anpil sou chimen konesans ak kilti… Le mois de la francophonie a vibré dans tout le réseau culturel et le succès du concours national de chanson francophone, nous incite à renouveler l’expérience.

Ces quelques repères ne résument pas tous les chantiers en cours, notamment ceux conduits par l’Agence française de Développement, présente traditionnellement dans les secteurs de la santé, de l’aménagement urbain et de l’agriculture, et engagée désormais dans la formation, et bientôt, dans celui de la gouvernance. La gouvernance restera toujours une priorité transversale, la consolidation des institutions, la constitution d’une administration professionnelle et stable, et des ressources internes propres étant à la base de tout développement endogène.

Cette année compliquée aura néanmoins permis de tisser des liens entre nos parlements, suite à la visite d’une délégation de députés français du groupe d’amitié France Haïti conduite par M. Hanotin en avril. La constitution en retour du groupe d’amitié Haïti France, présidé par l’honorable Jerry Tardieu offre désormais un espace de dialogue privilégié pour la coopération parlementaire et la mise en place de projets conjoints.

Mes chers Compatriotes,

Je profite de l’occasion de notre fête nationale pour vous adresser un salut spécial, vous, qui sous des statuts et parcours de vie divers, représentez ici la France, dans le pluralisme de ses opinions et de ses engagements, dans son renouvellement générationnel aussi, deux voire trois générations se côtoient ici. Je voudrais vous redire combien votre rôle de passeur entre nos deux cultures et sociétés participe de la vitalité de notre relation. L’ambassade de France et le consulat continueront de s’employer à renforcer les liens avec vous et à être à l’écoute de vos préoccupations et aspirations.

Je salue notamment les représentants de nos entreprises, grandes ou petites, présentes ici, pour qui ces temps d’incertitude et d’instabilité sont difficiles et retardent des projets de développement.

Je voudrais enfin mettre à l’honneur, bien sûr, notre équipe de football qui nous a fait vibrer à l’unisson de bien des amis haïtiens et aussi distinguer cette année les français jeunes ou moins jeunes engagés ici au titre du volontariat international, qui travaillent le plus souvent en province, au service des populations locales. Ils sont l’expression d’une France ouverte à l’autre et solidaire, qui privilégie le partage sur le repli.

Je ne saurais conclure ce discours sans remercier le Montana qui nous accueille ce soir, avec professionnalisme et disponibilité, ainsi que les sponsors, ils sont nombreux, qui ont contribué avec générosité à rendre possible, cette soirée. Je ne vais pas les citer tous, vous trouverez leurs logos affichés sur le diaporama. Un grand merci également à mes collaborateurs engagés au service des relations franco haïtiennes.

Vive la France, Vive Haïti, vive l’amitié franco haïtienne.

Seul le prononcé fait foi

publié le 10/08/2016

haut de la page