Coopération entre agriculteurs : l’exemple de l’AFDI

Jean Pierre Raynaud, est vice-président de l’association Agriculteurs français et développement international (AFDI), président de la chambre d’agriculture de la Dordogne, président de la Fédération Régionale des Coopératives d’Aquitaine. Bernard Laval est président de l’AFDI Dordogne. Tous deux sont agriculteurs et impliqués depuis une dizaine d’années dans des projets de coopération avec les agriculteurs haïtiens.

Q : Pourquoi les professionnels français de l’agriculture se mobilisent pour Haïti ?

R : Il s’agit d’abord de solidarité et non de compassion. Nous savons par expérience que le contexte international n’est pas sans de fortes conséquences sur les productions agricoles. En Europe, nous faisons face en prenant appui sur nos organisations professionnelles. Mais nous savons que cet impact est encore plus important dans les pays où le niveau de pauvreté est élevé. Les paysans doivent faire face à des préoccupations quotidiennes si pesantes qu’elles ne laissent pas d’espace pour anticiper l’avenir. Nous aurions souhaité, dans une situation similaire, pouvoir bénéficier d’une telle solidarité. Et çà c’est possible de métier à métier !

Q : De quand date votre engagement ?

R : Cette solidarité professionnelle n’est pas née avec la crise actuelle ou les cyclones. La Chambre d’agriculture de la Dordogne au travers de l’AFDI(*) est engagée en Haïti avec le Conseil régional d’Aquitaine depuis une dizaine d’année, en soutien à des organisations paysannes : chambres d’agriculture du département du Nord, coopérative de producteurs de café engagée dans le commerce solidaire à Dondon (Nord)…

Q : Comment témoignez vous cette solidarité ?

R : Dans le Nord aussi, les cyclones ont couché les champs de bananes plantain, aliment de base dans les repas haïtien. Il a fallu assurer la soudure alimentaire et nous les avons aider à disposer de semences, de drageons de bananiers... A plus long terme et depuis le début, notre engagement consiste à faire bénéficier nos collègues agriculteurs haïtiens de notre expérience en terme de structuration collective pour préserver notre métier, assurer un revenu décent à chaque agriculteur. Nous essayons de leur communiquer de ce ce nous savons pour gérer au mieux une coopérative, comment impliquer les agriculteurs, savoir se grouper pour les outils de production, reboiser, regénérer les parcelles, tirer un meilleur prix de leur production en s’impliquant dans la transformation du café par exemple.
Nous apportons aussi notre contribution au soutien des paysans en activité dans un projet avec l’école moyenne d’agriculture de Dondon qui a également l’ambition d’aider des jeunes en recherche d’emploi à accéder à ce métier.
Pour cela, comme pour l’agriculture française, il faut que ces initiatives soient encadrées et accompagnées financièrement. Les domaines de collaboration avec notre profession sont nombreux : organisation économique en aval des exploitations ; intégration au sein des activités agricoles de la protection des milieux à l’échelle de bassins versant, de la gestion de l’eau et des risques liés aux intempéries ; dotation en moyens visant à faciliter le travail et à procurer une valeur ajoutée aux produits.

Q : Quelles sont les principes qui guident vos actions en Haïti ?

R : Nous avons conscience du contexte difficile dans lequel évoluent nos collègues haïtiens. Seuls des soutiens pragmatiques produiront des résultats mesurables. A titre d’exemple, nous avons des retours positifs d’une coopérative située sur la commune de Dondon (Nord) que nous accompagnons dans son organisation. Elle offre aujourd’hui un meilleur prix d’achat du café à ses producteurs adhérents que les coopératives alentour.

Q : Auriez vous un message à faire passer ?

R : Oui ! Nous proposons que l’État Français soutienne en Haïti comme il l’a fait en France également la formation des professionnels de l’agriculture, d’autant qu’il existe dans le département du Nord, comme dans d’autres départements haïtiens, une École moyenne de l’agriculture qui ne demande qu’à se rendre utile.

(*) Association agriculteurs français et développement international (Afdi)

publié le 29/06/2009

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