La France en Haïti Ambassade de France à Port-au-Prince
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Cérémonie des vœux aux agents des services français en Haïti (8 janvier 2010)

Mes chers compatriotes,

Chers collègues, et si vous me le permettez,

Chers amis,

Au seuil de cette nouvelle année, j’adresse à chacune et à chacun d’entre vous mes vœux les plus chaleureux.

Mes pensées vont tout particulièrement aux familles et aux proches de ceux qui nous ont quittés dans des circonstances tragiques. En votre nom à tous, et en présence de sa veuve, je suggère que nous observions une minute de silence à la mémoire de notre collègue et ami, Méres d’Empaire.

Chers collègues,

L’année 2009 aura été une année difficile. Année de crise, année de turbulence, année de doute également sur la capacité de la communauté internationale à apporter des réponses concertées à la hauteur des défis.

L’onde de choc de la crise financière, crise sans précédent depuis les années 30, n’a pas épargné notre pays. Nos institutions financières et bancaires ont mieux résisté qu’ailleurs, grâce notamment à l’intervention rapide et massive des pouvoirs publics. Mais en France comme partout dans le monde, cette crise a rappelé à tous la fragilité du système. Elle a frappé de plein fouet les plus démunis d’entre nous, comme l’attestent aujourd’hui les chiffres du chômage.

Dans ce contexte difficile, à l’initiative du Président de la République, le gouvernement a adopté un plan de relance sans précédent, avec notamment un soutien important au secteur automobile, soit 10% des actifs français. Un fonds d’investissement stratégique, doté de 20 milliards d’euros a également été créé. Les très petites entreprises ont enfin bénéficié de mesures de simplification, notamment une exonération de charges : 650.000 travailleurs ont bénéficié de ces mesures.

Un deuxième tsunami, plus lent, plus insidieux, a été au centre de l’actualité de cette fin d’année. Je veux parler du réchauffement climatique. Les médias ont qualifié le récent Sommet de Copenhague d’échec. Les engagements ont été jugés faibles, non contraignants.

La réalité, comme toujours, est plus subtile. L’engagement de limiter le réchauffement planétaire à 2° par rapport à l’ère préindustrielle a bien été acté par l’ensemble des Chefs d’Etats et de gouvernements réunis à Copenhague. C’était un préalable indispensable à la poursuite de toute négociation. Un engagement important pour les pays en développement a également été pris à l’issue du Sommet : 30 milliards de dollars pour les trois prochaines années leur seront alloués pour atténuer l’impact du réchauffement sur leurs économies, avec un objectif de 100 milliards annuels à partir de 2020.

L’Europe, enfin, en proie au doute après le non au référendum irlandais, a repris le chemin de son approfondissement.

Entré en vigueur le 1er décembre dernier, le Traité de Lisbonne donnera aux institutions européennes la force et la visibilité qui leur faisaient défaut jusque là : la présidence du Conseil est désormais permanente, la diplomatie européenne a enfin un visage, avec la nomination d’un haut représentant. Comme vous le savez, la France a joué un rôle moteur durant sa présidence de l’Union européenne pour relancer un processus que certains croyaient durablement enlisé.

Chers collègues,

En Haïti, après une fin d’année 2008 particulièrement éprouvante, 2009 paradoxalement pourrait être caractérisée comme l’année de l’espoir et du renouveau, à défaut pour l’instant d’être celle de l’unité.

Le pays a avancé sur trois fronts tout au long de l’année écoulée.

La sécurité, tout d’abord.

Les chiffres, que vous connaissez tous, sur les enlèvements, ce fléau national, qui a fait d’Haïti un repoussoir, sont encourageants. Une centaines de personnes ont été enlevées l’année dernière contre 266 en 2008.

La Police Nationale d’Haïti, grâce au soutien de la MINUSTAH, se renforce et se professionnalise. Les citoyens, pour la première fois depuis longtemps, commencent à avoir confiance dans une institution cardinale pour le renforcement de l’Etat de droit.

Le fonctionnement des institutions progresse également.

Contrairement aux rumeurs alarmistes, le vote de défiance du Sénat, en novembre dernier, n’a pas ouvert une nouvelle page d’instabilité et de vacance du pouvoir. Le nouveau gouvernement de Jean-Max Bellerive a été constitué en une semaine, la continuité l’emportant d’ailleurs sur le changement, puisque 10 ministres sur 17 ont été maintenus.

Cet épisode a montré que les institutions, en dépit des imperfections de la Constitution, pouvaient fonctionner.

L’image du pays, enfin, s’améliore.

Trois événements, apparemment isolés, mais qui forment dans la réalité une « chaîne d’espoir », ont contribué à présenter un nouveau visage d’Haïti :

Le déplacement en masse, autour de l’ancien président Clinton, d’hommes d’affaires américains.

Bien qu’il soit encore trop tôt pour en mesurer l’impact, cet événement, fortement médiatisé, a jeté un coup de projecteur salutaire sur le potentiel de ce pays, sur sa capacité à accueillir des investissements étrangers. Juste retour des choses : il y a moins de vingt ans le seul secteur du textile employait près de 100.000 personnes dans la région de Port-au-Prince, ils sont aujourd’hui moins de 20.000.

L’arrivée également du plus gros paquebot du monde, l’ « Oasis of the sea », dans la baie de Labadie, le 3 décembre dernier, a constitué l’autre grand événement.

Cette escale spectaculaire ait fait d’Haïti de nouveau une destination fréquentable, où les touristes savent désormais qu’ils sont bien en Haïti et pas ailleurs, qu’ils y sont accueillis chaleureusement, et que les plages haïtiennes n’ont rien à envier à celles de la République dominicaine.

Le troisième événement, de nature à changer le regard que l’on porte sur Haïti, a été indéniablement la moisson extraordinaire de prix littéraires remportés par les écrivains de ce pays, qu’ils soient résidants ou de la diaspora : 13 au total !

Les lettres haïtiennes sont bien vivantes, elles s’exportent avec panache, au point que certains critiques parisiens se demandaient récemment s’il ne fallait pas être haïtien pour avoir un prix en France ! Dans l’accueil extraordinaire qui a été réservé dans son pays, avec un petit coup de pouce de notre part, à Dany Laferrière, Prix Médicis 2009, on peut y lire le bonheur de toute une nation d’être enfin reconnue, au-delà des clichés réducteurs, pour ce qu’elle est, pour ce qu’elle dit, pour ce qu’elle peut apporter au monde.

Ces changements heureux, longtemps attendus, ne doivent pas pour autant gommer la réalité et faire oublier les défis énormes que le pays doit encore relever.

Vous vivez tous ici, ce n’est donc pas à vous que je vais expliquer la réalité quotidienne de ce pays.

Je souhaite néanmoins développer devant vous trois points qui me paraissent essentiels non seulement pour la compréhension des choses, mais aussi pour l’action que nous devons mener ensemble en Haïti.

L’année 2010 sera une année électorale.

Dans un pays où la compétition pour le pouvoir a trop souvent été synonyme de violence et de chaos, nul ne peut prédire l’issue de ce long cycle de consultations qui occupera les douze prochains mois. Entre les législatives de février et la présidentielle de novembre, la constitution sera au cœur de tous les débats, avec d’importantes modifications en prévision. La révision d’un texte fondateur, quel qu’il soit, a fortiori lorsqu’il a été conçu au sortir de 30 ans de dictature, et dont on voit clairement aujourd’hui les limites, comporte toujours une part d’incertitude et de danger.

Je ne peux sur ces questions sensibles que vous inviter à la plus grande prudence. Laissez à nos partenaires haïtiens le soin de débattre entre eux de ce qui est bon pour eux.

Comme je l’ai indiqué publiquement à plusieurs reprises, la France, via l’Europe, contribuera au financement de ces élections. A cet égard, nous serons un partenaire exigeant et nous veillerons à préserver autant que faire se peut la crédibilité du processus électoral.

La priorité devra également être donnée à la consolidation des institutions de ce pays.

La sécurité et la paix civile en Haïti ne seront durables qu’à deux conditions : d’abord, le respect de la règle de droit, essentielle pour mettre un terme à la culture d’impunité, et tout aussi essentielle pour créer un climat d’affaires propices aux investissements ; ensuite, le renforcement de l’Etat dans la conception, la mise en œuvre et le suivi de sa stratégie de lutte contre la pauvreté.

Le respect de la règle de droit passe par une réforme de fond de la justice haïtienne. Le Président Préval souhaite en faire la priorité de la dernière année de son mandat. Il a demandé à la France d’être à ses côtés. Je compte bien y répondre favorablement.

L’Etat doit également reprendre le terrain qu’il a trop longtemps abandonné : aux bailleurs de fonds, aux ONG, aux congrégations confessionnelles…C’est à travers la fourniture aux citoyens d’infrastructures de base, de services, couvrant tout le territoire, je pense notamment à l’eau, à l’électricité, à la collecte des déchets, que l’Etat pourra asseoir son autorité et sa légitimité.

Enfin, parallèlement à ces transformations indispensables de la gouvernance publique, la consolidation ne sera réelle que si elle s’accompagne d’avancées tangibles en matière d’emploi, notamment pour les jeunes.

Les secteurs définis dans la stratégie de croissance et de compétitivité présentés au Chef de l’Etat par le secteur privé sont sans doute parmi les plus prometteurs, qu’il s’agisse de l’agriculture, du tourisme ou des services, notamment les nouvelles technologies de l’information.

Ces grands défis pour les années à venir seront au cœur de la politique de coopération de la France. Les priorités qui se dessinent et sur lesquelles je souhaite travailler avec vous pour les présenter au printemps dans le cadre de mon plan d’action pourraient être les suivantes :

Le maintien d’une relation politique forte.

La visite du Ministre en septembre dernier, après celle de Michel Barnier en février, ainsi que les deux visites d’Alain Joyandet en 2008, ont imprimé une vitalité sans précédent à notre relation. Je forme le vœu qu’il en soit de même en 2010.

Le renforcement de la stabilité.

Nous poursuivrons notre contribution à la MINUSTAH, et je rends ici hommage au contingent français qui fait un travail remarquable et apprécié. Ce travail en profondeur inclut notamment la professionnalisation de la PNH. Nous resterons attentifs aux demandes qui nous seront adressées.

Le soutien à la réforme de l’appareil judiciaire.

Cela devrait prendre la forme d’une assistance francophone à la création de chambres spécialisées, qu’il s’agisse des crimes de sang ou de la criminalité économique et financière.

La consolidation du système éducatif.

C’est sans aucun doute la clé pour l’insertion professionnelle. La France avec ses partenaires francophones a une carte majeure à jouer dans ce pays.

La formation initiale des maîtres, mais également la formation continue, souffrent aujourd’hui d’un déficit majeur de formateurs qualifiés. Nous pourrions dans les années qui viennent en faire un chantier d’application de la relance voulue par nos plus hautes autorités du volontariat de solidarité internationale.

Je vais proposer à Paris de lancer dès 2010 des appels à candidatures pour des enseignants volontaires, jeunes retraités de l’éducation nationale par exemple, avec une cible à trois ans, de 150 à 200 enseignants répartis sur tout le territoire.

La participation, enfin, avec l’AFD, aux travaux d’infrastructures dont ce pays a tant besoin.

Tous les secteurs sont concernés : eau, énergie, routes, assainissement, gestion des déchets. Les subventions dont dispose l’AFD étant limitées, elles doivent avoir un effet de levier pour faciliter des mécanismes de financement publics/privés, et permettre ainsi aux entreprises françaises, souvent leaders mondiaux sur ces marchés de prendre une part plus active à la reconstruction de ce pays.

J’en profite pour rappeler que les importations haïtiennes ont doublé entre 2002 et 2008 passant ainsi de 1 à plus de 2 Mds USD, avec la moitié en provenance des Etats-Unis, et moins de 20 M€ venant de France.

Je ne vais pas développer davantage ici.

J’aurais pu également mentionner le rôle majeur que joue le Lycée Alexandre Dumas : avec un taux de scolarisation des enfants haïtiens supérieur à 60%, c’est à n’en pas douter un de nos instruments majeurs d’influence.

L’IFH et le réseau d’alliances, un peu partout dans le pays, contribuent également puissamment au renforcement de notre présence et aux échanges entre la France et Haïti.

J’aurais pu également parler de notre service consulaire, qui est un peu la vitrine de l’ambassade, aussi bien pour les Français, lorsqu’ils souhaitent obtenir des documents d’état civil, que pour les Haïtiens, lorsqu’ils souhaitent pouvoir se rendre en France.

J’ai visité beaucoup de consulats. Je peux vous dire que notre service consulaire est à bien des égards exemplaire. Que tous ses agents en soient ici remerciés.

Nous aurons l’occasion de revenir sur tous ces pans essentiels de notre activité lors de notre séminaire en fin de semaine.

Chers collègues,

Vous l’avez compris, notre pays est attendu. Notre histoire commune nous oblige, et pas seulement comme on le dit parfois du fait de notre responsabilité en tant qu’ancienne puissance coloniale. Ce qui nous lie plus encore aujourd’hui, ce sont des valeurs partagées, une langue en commun, une compréhension du monde, voire une complicité, qui transcende les clivages et les soubresauts de l’histoire.

Dans l’accomplissement de notre mission, je sais pouvoir compter sur chacune et chacun d’entre vous. Je connais la passion qui vous anime. Plusieurs d’entre vous en sont déjà à leur second, voire leur troisième séjour dans ce pays si attachant.

J’ai pu mesurer lors de notre dernière assemblée générale le bon esprit qui règne au sein de l’ambassade. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, avec l’aide du Premier Conseiller, pour que chacun d’entre vous se sente pleinement reconnu dans sa fonction et bien intégré dans l’équipe.

Dans cet esprit, les travaux de réaménagement de la chancellerie devraient démarrer au cours du premier trimestre. Ils permettront de regrouper les services et d’améliorer encore l’accueil du public. Notre cadre de travail, ne l’oublions jamais, est également la vitrine de la France.

J’en profite pour adresser à notre collègue Véronique Wagner mes plus vifs remerciements. Sa mission s’achève malheureusement à la fin du mois. Je lui souhaite en votre nom à tous un bon retour à Paris et la remercie encore pour son précieux concours à un moment particulièrement difficile.

Devant tous nos amis et collègues haïtiens ici présents, je forme enfin le vœu que cette complicité qui nous unit puisse servir le développement d’Haïti, le renforcement des liens entre nos deux pays, au service de l’intérêt général et de la réconciliation nationale.

Vive la République ! Vive la France ! Vive Haïti ! Et merci pour les superbes fleurs que vous m’avez si gentiment offertes !

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