COP 21 : J - 10 !

A dix jours de la COP21 qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, l’ambassadeur de France a donné une conférence de presse conjointe avec le ministre de l’Environnement, l’ambassadeur de l’Union européenne et la représentante du PNUD en Haïti. Elle a prononcé le discours suivant :

Monsieur le Ministre de l’Environnement,
Monsieur l’Ambassadeur de l’Union Européenne,
Madame la représentante du PNUD,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de m’avoir invitée pour cette conférence de presse sur la préparation d’Haïti pour la prochaine Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, la fameuse COP 21, car nous sommes effectivement dans la dernière ligne droite de la préparation de cette importante conférence qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain.

La France va, en effet, accueillir et présider cette 21ème Conférence et notre responsabilité, à ce titre, est double : Comme pays hôte, la France va devoir accueillir les participants dans les meilleures conditions de travail, de transports et d’hébergement. Mais nous allons devoir également, au titre de la présidence de la conférence, faciliter les débats entre les pays et assurer le meilleur fonctionnement possible du processus de négociation.

Vous le savez tous car on en parle beaucoup sur les ondes depuis des mois, la responsabilité de l’homme dans la hausse des températures, depuis la seconde moitié du 20ème siècle, ne fait presque plus aucun doute. Le changement climatique va aggraver la raréfaction des ressources naturelles, décupler les conséquences de la croissance démographique dans certaines parties du monde et multiplier les risques pour la sécurité et le développement. Il pourrait bien effacer les fruits des politiques de développement mises en œuvre depuis plus d’un demi-siècle.

L’enjeu est donc considérable car il s’agira de construire, dans 15 jours, pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, une alliance globale pour le climat, l’Alliance de Paris, qui puisse contenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. Pour cela les objectifs sont clairs :

- Produire un accord universel, ambitieux, équilibré, durable, flexible mais surtout significatif et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique par la réduction des émissions de gaz à effets de serre, et d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone.

- Définir pour chaque pays sa contribution nationale au processus. La plupart des pays ont rendu leurs contributions et cela représente près de 90% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Je voudrais saisir l’occasion pour remercier la République d’Haïti qui a rendu sa contribution nationale dans les temps, le 30 septembre dernier. Celle-ci s’inscrit dans le cadre du Plan Stratégique de Développement d’Haïti (PSDH) et correspond aux priorités du pays. Nous avons apporté un petit soutien au processus par une équipe d’experts français qui a relu et mis en cohérence cette contribution.

- Un autre point important de cette alliance réside dans la mobilisation de financements à la hauteur des enjeux, de source publique et privée. Il est question de mobiliser dans un nouveau fonds sectoriel, le Fonds vert, 100 milliards de dollars par an.

- Enfin, cette alliance doit inclure un agenda des solutions. Il s’agit de nourrir de nouvelles initiatives multi-acteurs qui impliquent, certes les Etats, mais également l’ensemble des autres acteurs sur des solutions concrètes de lutte contre le changement climatique.

Je souhaite souligner, aujourd’hui, tous les efforts entrepris par Haïti pour sa contribution à la lutte contre le changement climatique. Bien sûr, Haïti reste un faible émetteur de CO2 et ses principaux enjeux portent donc sur l’adaptation au changement climatique.

Vous avez dénombré dans votre contribution nationale une série de mesures intéressantes d’adaptation au changement climatique, et notamment l’aménagement des 15 bassins versants stratégiques les plus vulnérables aux évènements climatiques extrêmes, la plantation de 137 500 hectares de forêt, le développement de l’agriculture biologique ou la protection des zones côtières du pays et la préservation de ses aires marines protégées.

Nous avons le devoir de vous accompagner et c’est essentiellement dans cette voie et sur ces propositions que nous pourrons associer nos efforts.

Monsieur le Ministre, messieurs les journalistes,

La France possède, en Haïti, une longue tradition d’appui aux secteurs de l’environnement et de l’agriculture. Notre coopération porte, tout particulièrement sur trois domaines clés : la gestion des ressources en eau et des bassins versants, le renforcement de la sécurité alimentaire et le soutien à l’aménagement du territoire. C’est sur ces points que nous tenterons de poursuivre nos efforts avec votre pays…

Et je voudrais terminer en évoquant l’initiative « Haïti prend racine », l’initiative de Sean Penn à laquelle le gouvernement français s’est associée et qui a été l’objet de la signature d’une déclaration d’intention fin septembre dernier à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies entre le gouvernement haïtien, l’organisation JP/HRO de Sean Penn et le gouvernement français, en présence du président de la République François Hollande et du ministre des Affaires étrangères et du développement international, M. Laurent Fabius.

Cette initiative pourrait être la première pierre concrète de l’Agenda des solutions pour Haïti, si elle était portée par les autorités haïtiennes. Ce pourrait être un cadre structurant et fédérateur capable, sous le timbre de la reforestation, de définir une approche globale prenant en compte trois grands thèmes : la gestion forestière et la « biodiversité », le domaine économique, notamment agricole, par le biais de la gestion des bassins versants et de l’agro-écologie, et enfin le domaine de l’énergie, complexe, portant sur le bois énergie et la substitution, mais fondamental car l’une des raisons principales de la déforestation en Haïti.

Cette initiative pourrait être présentée par les autorités haïtiennes lors de la prochaine COP 21 et permette à Haïti de faire de celle-ci une première déclinaison de sa contribution nationale à la COP 21. Elle aura d’autant plus de chances de réussir qu’elle apportera des solutions concrètes aux causes fondamentales de la déforestation en Haïti et pourrait, dans ce cas, générer un contrat de confiance avec les différents bailleurs, publics ou privés.

Elle pourrait servir de test pour un projet d’envergure du Fonds vert et du Fonds pour l’Environnement Mondial et notre Agence Française de Développement pourrait contribuer à ce montage, l’AFD étant par ailleurs accréditée au Fonds vert.

Vous le voyez, cette prochaine COP 21 peut générer des espoirs, nous devons nous y associer, et je formule le vœu que cette initiative puisse rassembler et faire travailler ensemble. Nous en avons besoin.

Pour terminer, je souhaite rappeler toute l’importance que mon gouvernement attache à cette conférence et aux résultats qui en découleront. Notre Agence française de développement est aujourd’hui l’un des principaux acteurs publics de financement de la lutte contre le changement climatique dans le monde. Depuis 2005, ce sont plus de 15 milliards d’euros qui ont été engagés pour le financement de projets de développement, aussi bien dans les secteurs de l’énergie, des transports publics, du développement urbain, que de la forêt, de l’agriculture ou encore de l’eau et de l’assainissement.

Il s’agit de permettre aux pays bénéficiaires de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ou de mieux s’adapter aux effets attendus du changement climatique. Nous devons les aider, nous en avons la responsabilité.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi.

publié le 10/08/2016

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