Monsieur le Président,
Monsieur le Proviseur,
Chers élèves, chers professeurs,
Chers parents,
Chers collègues et amis,
Mesdames et Messieurs,
Depuis le 12 janvier je me suis rendu régulièrement au Lycée Alexandre Dumas : immédiatement après le séisme pour y installer notre hôpital de campagne ; un peu plus tard, parce que c’était votre souhait, pour y annoncer la réouverture des cours ; le 17 février dernier enfin pour présenter au Président de la République notre dispositif humanitaire d’urgence.
Aujourd’hui, les circonstances qui nous réunissent sont particulières. Elles sont graves, elles sont douloureuses. Nous sommes là pour nous recueillir, pour nous souvenir, pour adresser aux familles et aux proches des victimes du Lycée notre témoignage d’amitié, nos pensées, notre sympathie.
Je vous demande d’observer une minute de silence à la mémoire de Coralie, de Baptiste, d’Evan, de Giscard, de Vaïna, de Raïssa, nos six élèves disparus, et de M. Larbi LAFKI, professeur de mathématiques.
Je vous remercie.
Dans les heures qui ont suivi le séisme, votre Proviseur, à qui je souhaite rendre un vibrant hommage, m’a fait part de son immense soulagement : le LAD miraculeusement avait été épargné.
Notre joie fut de courte durée. Dès le lendemain, nous savions que votre professeur, M Larbi LAFKI, se trouvait bien au Montana au moment du séisme et qu’il n’avait donné aucun signe de vie.
Puis, au fil des jours, nous avons appris la disparition de Coralie DENIZET, de Baptiste et Evan WYLLIE, de Giscard BEAUSEJOUR, de Vaïna FONTAINE et de Raïssa GERVAIS.
Au nom du gouvernement français, en votre nom à tous, permettez-moi de présenter à leurs familles et à leurs proches nos plus profondes condoléances et notre soutien dans cette terrible épreuve.
Pour ceux qui ont perdu leurs enfants, nous le savons, il n’y a pas de consolation. La perte est irrémédiable, définitive. On ne vit pas avec la mort de son enfant. On lui survit.
Pour vous tous, mes chers enfants, il faut continuer de penser à eux, de chérir la vie. Il faut respecter la douleur des familles, comprendre le sentiment d’injustice, parfois même de révolte.
Trois mois jour pour jour viennent de s’écouler. La vie reprend son cours, vous le voyez. L’énergie est partout palpable à côté du désespoir. Il n’y rien d’indécent à cela. C’est le contraire qui le serait. Nous sommes tous choqués, meurtris. Mais nous devons aller de l’avant. C’est aussi notre responsabilité, en tant que frère et sœur, en tant que parent, en tant qu’ami, en tant que professeur. Même si rien ne pourra jamais nous faire oublier ces vies trop tôt et trop injustement brisées.
Je tenais aussi en toute simplicité à remercier du fond du cœur les enfants, les enseignants qui ont préparé avec courage, détermination, dans la douleur, mais aussi dans la joie du souvenir, cet hommage à leurs camarades et amis disparus.
Cette cérémonie, nous allons la vivre, la partager ensemble avec ferveur. Elle nous appartiendra, elle nous accompagnera, elle nous rendra plus fort, plus solidaire, elle nous aidera à mettre des mots, des sourires, des larmes sans doute aussi, face à l’absence, à l’inconnu, à l’incompréhension.
Je voulais également vous dire mon admiration pour avoir su collectivement, parents, élèves, enseignants, personnels administratifs, relever la tête, et reprendre avec courage le chemin du lycée.
Je remercie tous ceux qui ont permis la réouverture de notre lycée : la détermination du Président de l’APE n’y a pas été étrangère. Je veux le remercier devant vous. Les conditions de travail ne sont pas encore optimales, mais tout a été fait pour que malgré les dommages subis par l’établissement vous puissiez vous remettre au travail.
Je remercie également celles et ceux d’entre vous qui ont assuré et permis au quotidien, dès le 13 janvier, la vie de l’établissement, dans des circonstances personnelles souvent difficiles.
Ensemble, il nous faut maintenant contribuer à construire l’avenir : l’avenir de nos enfants, l’avenir du lycée Alexandre Dumas, l’avenir d’Haïti.
Nous devons nous montrer dignes de l’effort de générosité sans précédent consenti par notre pays pour aider Haïti. Plus que jamais le LAD doit jouer son rôle d’animation et d’émulation auprès des établissements partenaires.
Notre situation d’établissement français, disons le, privilégié, alors que les écoles de la capitale sont en ruine et que les cours peinent à reprendre, cette situation, nous devons en être conscient, nous impose également des devoirs. Je sais que vous avez tous à cœur de remplir au mieux cette mission d’entre aide, de solidarité, qui est à mes yeux essentielle.
Vous le savez, les établissements du réseau de l’AEFE se sont fortement mobilisés : ils ont organisé des manifestations de solidarité pour le lycée et pour Haïti. La Croix Rouge, l’Unicef et de nombreuses ONG ont pu être ainsi aidées.
Ce samedi même, des mains de la directrice, qui, vous vous en souvenez, est très vite venue nous voir, le Proviseur a reçu un chèque de 105 364€. Je ne peux pas énumérer ici tous les établissements qui ont participé à cet élan, mais je tiens à les en remercier en votre nom à tous.
Il y aura tout à l’heure des lectures, des témoignages, puis nous dévoilerons ensemble une plaque commémorative. Ce sont autant de gestes qui resteront gravés dans nos cœurs et dans nos mémoires.
Je vous remercie.
