La France en Haïti Ambassade de France à Port-au-Prince
fontsizeup fontsizedown

 français  
Accueil » L’Ambassade de France en Haïti » L’Ambassadeur » Discours et interventions de l’ambassadeur

Allocution de l’Ambassadeur de France 14 juillet 2011

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de la Chambre des députés,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Conseiller à l’assemblée des Français de l’Etranger,

Mes chers compatriotes, Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Au nom de toute l’équipe de l’ambassade, permettez-moi de vous souhaiter la plus cordiale bienvenue en ce jour de fête nationale. Jour de fête cruellement endeuillé, comme nous venons de l’apprendre, par la mort de six militaires français dans la vallée de la Kapisa en Afghanistan.

Le 14 juillet, pour les Français, c’est bien sûr d’abord et avant tout, avec la prise de la Bastille, l’aboutissement d’un rêve et d’un idéal, porté par le Siècle des Lumières : l’abolition de la monarchie, la fin de l’ancien régime, l’avènement de la République. C’est aussi le défilé militaire sur les Champs Elysées, les bals populaires et les feux d’artifice. C’est également, on l’oublie parfois, la journée de la Fête de la Fédération, qui consacre un an après la révolution l’unité retrouvée de la France.

Pour nous, ce soir, ce sera, je l’espère, un moment de détente, de convivialité et d’amitié. L’an dernier, nous avions célébré le 14 juillet dans le recueillement et le souvenir. L’humeur n’était pas franchement à la fête.

Cette année, les esprits grincheux vous diront peut-être qu’il n’y a pas non plus de quoi pavoiser. Que l’heure est grave et qu’Haïti, ce beau pays que nous aimons tous, est de nouveau au bord de la crise de nerfs !

Je n’en crois rien. Les nerfs sont peut-être à vif, je vous le concède, mais ils sont encore solides. Et la tête, qui commande au corps, n’y voyez aucune allusion politique, reste froide et se porte bien malgré tout. Elle sait ce qu’elle veut, même si les influx nerveux demeurent encore intermittents. De son côté, le cœur de la nation bat, quoique convalescent, et après avoir été dûment et longuement consulté, il donne d’ores et déjà des signes de bonne santé.

Il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir les yeux. La vie reprend en Haïti. Comment le nier ? Ici même, souvenez-vous, l’enchevêtrement de bêton, le chaos, la désolation absolue. Ceux qui n’étaient pas là le 12 janvier ne réalisent sans doute pas le chemin parcouru. Le Montana n’est plus, certes, du moins tel que nous l’avons connu. Mais le nouvel hôtel qui nous accueille aujourd’hui a fait peau neuve. Il est un témoignage de la force extraordinaire qui habite ce pays. Quoi qu’on en dise, la reconstruction est en marche. Et tout autour de nous les raisons d’espérer ne manquent pas. Le principal actif de ce pays, sa jeunesse, ne rêve pas que d’un improbable ailleurs. Beaucoup on retroussé leurs manches et travaillent. Les entreprises françaises qui s’implantent en Haïti me disent toutes la même chose : les jeunes haïtiens apprennent vite ; bien encadrés, ils sont très performants.

Le séisme du 12 janvier n’a pas non plus ébranlé le ressort profond du développement, le lien qui unit une nation à ses dirigeants à travers l’expression du suffrage populaire. Le chemin a été long, mais c’était sans doute le prix à payer pour que la transition se fasse en douceur.

Enfin, les partenaires d’Haïti restent mobilisés. Nous sommes conscients des obstacles, mais un consensus émerge progressivement : la reconstruction d’Haïti ne se fera pas sans les Haïtiens. Les politiques de substitution sont condamnées ; elles ont déjà fait la preuve dans le passé de leur inefficacité. Haïti est en droit, elle en a même le devoir, de reprendre la main, de ne pas se laisser dicter ses choix.

Monsieur le Premier Ministre,

Mes chers compatriotes,

La France a une longue histoire en Haïti. Le Président Nicolas Sarkozy, qui fut le premier Chef d’Etat français à fouler le sol haïtien, l’a rappelé : la présence française n’a pas laissé que de bons souvenirs. Les blessures de la colonisation, mais aussi, les conditions de la séparation, ont laissé des traces qui sont encore vives.

Mais au-delà des blessures héritées du passé, il y a je crois aujourd’hui entre nos deux pays une compréhension mutuelle, une même vision, une même volonté de cheminer ensemble dans le respect et le dialogue. Face à la tragédie que vient de connaître Haïti, je suis fier de la réponse de mon pays et des Français. Avec tous ceux qui m’entourent aujourd’hui, j’ai été heureux d’avoir pu contribuer à resserrer les liens entre nos deux pays.

Mais ce dont je suis le plus fier aujourd’hui c’est de la lecture commune que nous faisons des défis auxquels est confrontée Haïti : l’ardente nécessité dans laquelle se trouve aujourd’hui Haïti de reprendre pleinement et fermement le contrôle de son destin. Trop longtemps démissionnaire, maintenu artificiellement en situation de dépendance vis-à-vis de l’aide internationale, l’Etat haïtien doit se reconstruire. Qu’il s’agisse de la sécurité du pays, de l’aménagement du territoire, des investissements, de la fiscalité ou encore des services de base, notre aide ne devrait tendre que vers un seul but : conforter l’Etat, lui donner enfin les moyens d’une grande ambition nationale.

Il y faudra beaucoup de courage et de persévérance de part et d’autre. De la part des pays partenaires d’Haïti, il nous faudra changer radicalement nos méthodes et notre philosophie de l’aide : renoncer à l’approche par l’offre, qui ne marche jamais, complique la tâche des dirigeants, et finalement crée autant de problèmes qu’elle n’en résout ; programmer dans toutes nos actions une composante majeure allant au renforcement direct des capacités nationales ; passer, enfin, à chaque fois que cela est possible, de l’aide-projet à l’appui budgétaire direct.

Côté haïtien, après des décennies d’errements, de luttes internes, de guerre civile, les dirigeants de ce pays devront sans doute faire de la réconciliation nationale leur objectif premier de gouvernance. Ne pas permettre à un Président élu de constituer son gouvernement pour faire les réformes promises, c’est prendre le risque de fouler aux pieds les fondements mêmes de la démocratie.

Préserver l’unité nationale, à travers la formation d’un gouvernement porteur du changement, mais tenant compte des fragiles équilibres du pays, c’est également la responsabilité première du Chef de l’Etat.

Ou pour citer Manuel, héros ordinaire et sublime des « Gouverneurs de la rosée » : « Ce qu’une main n’est pas capable, deux peuvent le faire. Baillons-nous la main. Je viens vous proposer la paix et la réconciliation. Quel avantage avons-nous d’être ennemis ? Si vous avez besoin d’une réponse, regardez vos enfants, regardez vos plantes : la mort est sur eux, la misère et la désolation saccagent Fonds-Rouge. Alors laissez la raison parler. Le sang a coulé entre nous, je sais, mais l’eau lavera le sang et la récolte nouvelle poussera sur le passé et mûrira sur l’oubli ».

Monsieur le Premier Ministre,

Mes chers compatriotes,

Je souhaiterais devant vous saisir l’occasion de rendre un hommage tout particulier à plusieurs de mes très proches collaborateurs qui nous quittent bientôt et qui ont été pour beaucoup d’entre vous des interlocuteurs privilégiés, des partenaires, mais aussi des amis.

Christophe Quentel, mon premier collaborateur, a accumulé tant de savoir et de sagesse au contact d’Haïti, qu’il lui a été proposé de conseiller et d’assister en France la plus haute autorité au Quai d’Orsay en charge des Amériques et de la Caraïbes. Avec Christophe, nous disposerons ainsi d’un allié de poids, sans mauvais jeu de mots, à Paris. Je le vois partir avec regret, après deux années de complicité, d’échanges stimulants et d’un soutien sans faille dans une période sous haute tension. En votre nom à tous, je lui souhaite plein succès dans ses nouvelles missions.

Alain Sauval, Conseiller de Coopération et d’Action culturelle, nous quitte également cet été après quatre années au service de la coopération entre la France et Haïti. Depuis le séisme, nous l’avons vu sur tous les fronts : l’éducation, l’enseignement supérieur, l’assistance technique, la coopération décentralisée… Avec pour principe et méthode : l’écoute du partenaire, l’engagement dans la durée, le transfert de compétences. Votre calme en toutes circonstances, votre professionnalisme, votre engagement constant aux côtés de nos partenaires haïtiens auront fait honneur, cher Alain, à notre pays.

Le consulat sera également orphelin de deux de ses principaux agents. Notre consul, Jean-Pierre Guégan, nous quitte cet été. Avec toute son équipe, il aura réalisé le tour de force de rouvrir l’ensemble des services consulaires, y compris le service des visas, un mois seulement après le séisme. Je sais qu’il aurait souhaité rester une année de plus, tant son attachement à Haïti est fort. C’eût été également mon souhait, Paris en a décidé autrement. Mais il était temps, mon cher Jean-Pierre, de regagner vos pénates. Après quatre années de vos très bons et loyaux services, tout Port-au-Prince avait fini par se procurer votre précieux numéro de téléphone ! Vous allez enfin pouvoir dormir tranquille.

Pour finir, permettez moi de dire également au revoir à quelqu’un qui a beaucoup aimé Haïti, au point si j’ai bien compris d’y laisser son mari, notre chère Jacqueline Dessalles, « madame adoption » à l’ambassade, et que ce pays a lui-même adoptée de longue date. Vos amis vous regretteront, votre ambassadeur également, mais grâce à Jean-Philippe, votre mari, nous aurons le bonheur, chère Jacqueline, de vous revoir fréquemment !

Enfin, permettez-moi de remercier les sponsors de notre soirée, des entreprises françaises implantées en Haïti, et plus particulièrement :
-  M. Xavier CARDOT, responsable de la communication pour DSA Technologies ;
-  M. Jean-Claude SEROPIAN pour Suez Environnement
-  M. Philippe MARRAS pour Techni Group
-  M. Tanguy ARMAND pour Atlas Construction
-  M. Jean-Claude BOYADJIAN pour Total

Je vous remercie une fois encore de votre présence ce soir. Bonne fête à tous, vive la République, vive la France, vive Haïti et vive l’amitié franco-haïtienne !

Sites utiles :

Facebook Twitter Google+ Foursquare Youtube Dailymotion Flickr RSS