2 millions d’euros pour aider les agriculteurs haïtiens à nourrir leur pays

Deux millions d’euros ont été débloqués le 28 janvier par le premier Comité interministériel de l’aide alimentaire (CIAA) de l’année 2011 au profit du programme d’achats locaux mené par l’ambassade de France en Haïti.

Une réponse aux effets pervers de l’indispensable aide alimentaire traditionnelle.

La France affecte en moyenne 7 millions d’euros par an à des programmes d’aide alimentaire au profit des populations haïtiennes, contribuant ainsi à nourrir les deux millions de personnes qui, dans ce pays, n’auraient pas les moyens de manger chaque jour à leur faim sans l’aide internationale.

Mais, paradoxalement, l’aide alimentaire, composée essentiellement de surplus agricoles importés depuis les pays du Nord, est un instrument à double tranchant : si elle est indispensable à la survie de près de 20 % des habitants de ce pays, elle prive aussi les paysans haïtiens d’une grande partie de leur clientèle. Ces agriculteurs locaux se retrouvent ainsi pris en tenaille entre l’aide alimentaire généreusement offerte par les pays du nord, et les importations commerciales à très bas prix (car subventionnées par les pays producteurs et peu taxées par Haïti) réalisées par les gros commerçants : incapables de s’aligner sur ces tarifs, ces paysans abandonnent donc leurs exploitations pour rejoindre les bidonvilles misérables des grandes villes... Où ils viennent grossir les rangs de la population dépendante de l’aide alimentaire.

Pour mémoire, près de 70 % de la nourriture consommée en Haîti est désormais importée de l’étranger, alors même que plus de la moitié de la population haïtienne vit toujours dans les campagnes.

Permettre aux agriculteurs haïtiens de nourrir leurs compatriotes.

C’est pour briser ce cercle vicieux que la France consacre depuis 2005 une part croissante de ses crédits d’aide alimentaire en Haïti à l’achat de productions locales : plutôt que de dépenser la totalité de ces moyens pour l’importation de céréales venues de son propre territoire, la coopération française en utilise une partie pour aider des associations paysannes à augmenter leur production, qu’elle leur rachète ensuite à un prix soigneusement étudié - c’est-à-dire suffisamment haut pour permettre à ces agriculteurs de vivre de leur travail et de préparer les prochaines récoltes, mais assez bas pour ne pas entraîner une augmentation des prix de ces biens alimentaires sur les marchés locaux.

Pour ce faire, la France aide ces agriculteurs à s’organiser en coopératives et en chambres consulaires, ce qui leur permet de mieux négocier avec les intermédiaires du marché et de réaliser des investissements communs (programmes d’irrigation, construction d’entrepôts et de glacis de séchage, achats de moulins motorisés, etc.).

Cette initiative originale a rencontré un vrai succès : la part de l’aide alimentaire française consacré aux achats locaux a pu augmenter au fur et à mesure que ses partenaires agriculteurs réussissaient à augmenter leur production tout en maintenant des prix raisonnables.

De 2005 à 2010, en dépit des crises et des catastrophes, ce sont ainsi plus de 6 400 tonnes de céréales produites en Haîti (4 720 tonnes de riz et 1 700 tonnes de maïs moulu) qui ont pu être livrées par la France au Programme alimentaire mondial (PAM) pour ses programmes nutritionnels et l’approvisionnement de centaines de cantines scolaires.

Quatre organisations paysannes des départements du Nord et de l’Artibonite sont partenaires de ce programme, qui est désormais l’une des composantes essentielles du Plan national d’investissement agricole (PNIA) conduit par le ministère haïtien de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR).

Pour en savoir plus sur le programme français d’achats locaux, voyez ce documentaire réalisé l’an dernier par le cinéaste haïtien Arnold Antonin :

De la fourche àla fourchette->http://www.dailymotion.com/video/xfkox8_news]
envoyé par ambafranceht. - L’info internationale vidéo.

En 2011, ce programme permettra l’achat de 1400 tonnes de céréales supplémentaires sur le marché haïtien.

La décision du CIAA permettra à l’ambassade de France d’acheter cette année 800 tonnes de riz et 600 tonnes de maïs aux quatre organisations de producteurs qui sont ses partenaires dans ce programme.

Cestonnes seront remises au PAM qui les redistribuera dans le cadre de ses programmes...

- de nutrition des enfants de 6 mois à 5 ans et des femmes enceintes et allaitantes, soit 550 000 personnes, piloté par le ministère haïtien de la Santé, la Banque Mondiale et l’UNICEF et conduit à travers les centres de santé ;

- de cantines scolaires : le PAM soutient le Programme national des cantines scolaires (PNCS) pour couvrir les besoins de tous les enfants en âge d’aller à l’école. 1,1 million enfants devraient ainsi bénéficier d’un repas chaud par jour.

- d’approvisionnement des centres de traitement du choléra répartis sur tout le territoire national.

Six ans après son lancement, ce programme d’achats locaux fera l’objet d’une évaluation complète en 2011.

Par ailleurs, un audit externe sera réalisé cette année sur la gestion technique et financière des organismes paysans partenaires afin de renforcer, par le conseil et la formation, leurs capacités organisationnelle et de gestion.

publié le 01/03/2011

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